La Cascadeuse des nuages, Sandrine Beau

Couverture La cascadeuse des nuages Elise Roche Nuage Avion

Je remercie Alice éditions de m’avoir envoyé La Cascadeuse des nuages de Sandrine Beau en échange de mon avis.

Élise Deroche naît en 1900, à l’aube du 20e siècle. À cette époque, les femmes demeurent toute leur vie sous la tutelle de leur père ou de leur époux. Mais Élise est une femme qui se veut libre. C’est son petit frère, plein d’admiration pour sa grande sœur fougueuse et frondeuse, qui nous raconte son histoire. L’histoire de la première femme à obtenir son brevet d’aviation et à concourir avec les hommes (qui ne voient pas ça d’un très bon œil). Sauf Charles, l’amoureux d’Élise qui, séduit par cette jeune femme conquérante, va l’initier au pilotage. Cependant, victime de la jalousie masculine, la jeune pilote subit des incidents mécaniques, qui vont rapidement se multiplier jusqu’à mettre sa vie en danger…

Alice éditions (26 septembre 2019) – 151 pages – 12€

AVIS

Je ne connaissais pas vraiment Élise Deroche, pourtant la première femme pilote d’avion. J’ai donc pris beaucoup de plaisir à découvrir une partie de la vie de cette femme d’exception, grâce à ce roman pour adolescents qui mêle habilement fiction et Histoire, l’autrice ayant pris des libertés avec la réalité historique.

Comédienne et artiste, Élise se découvre une nouvelle passion grâce à son ami et amant Charles qui a accepté de l’initier au pilotage, puis de la laisser voler de ses propres ailes. Chose peu commune en cette année 1910 où, rappelons-le, les femmes doivent rester à leur place, c’est-à-dire sous domination masculine, de préférence à s’occuper des enfants ou à faire le métier éventuellement autorisé par leur mari.

Mais éprise de liberté, d’aventure avec un grand A, de défis et de nouvelles expériences, Élise refuse cette vie toute tracée que son père et la société veulent lui imposer. Alors, du haut de ses 20 ans, la jeune femme se lance dans une carrière d’aviatrice, prouvant à tous qu’il pouvait aussi bien y avoir des femmes-oiseaux que des hommes-oiseaux. Faisant un pied de nez aux médisants et à tous ces hommes qui ne voient en elle qu’un joli minois dont la place est derrière les fourneaux, elle devient ainsi la première femme à obtenir son brevet de pilote.

Moi qui ai des sueurs froides à l’idée de monter dans un avion, je n’ai pu m’empêcher d’admirer cette femme d’exception qui n’a peur de rien et qui contribuera, dans une certaine mesure, à ouvrir la voie des nuages aux autres femmes. À cet égard, son surnom de Cascadeuse des nuages lui va comme un gant, la jeune femme se révélant être une pilote audacieuse et talentueuse. Et ce n’est pas son premier fan qui vous dira le contraire, son frère Anatole âgé de 10 ans. Malgré la dizaine d’années séparant le frère et la sœur, ils sont tous les deux très proches : Élise n’hésite pas à l’emmener avec elle sur le terrain d’entraînement et lors des compétitions, et Anatole veille avec attention sur cette grande sœur qu’il admire sincèrement, lui le jeune esprit féru d’inventions.

C’est d’ailleurs à travers les yeux du jeune garçon que l’on suit les exploits d’Élise et les coups bas qu’elle va devoir affronter pour s’imposer dans un monde d’hommes, pensé par les hommes pour les hommes. Des hommes qui ne sont pas prêts à laisser sa chance à une femme pilote qui fait aussi bien qu’eux, voire pour certains d’entre eux, bien mieux. L’autrice n’épargne donc pas aux lecteurs cette misogynie ambiante et constante, leur rappelant la réalité historique qui, hélas, est loin d’être de l’histoire ancienne…

Et c’est ce que j’ai aimé avec ce roman, il nous montre que malgré les obstacles et les préjugés, il y aura toujours des femmes d’exception pour ouvrir la voie et prouver que les seules limites, sont celles que l’on s’impose ou que l’on tente de nous imposer. Un message qui me semble important, notamment pour les jeunes lectrices qui trouveront en Élise Deroche, un modèle inspirant ! J’ai, en outre, apprécié que Sandrine Beau ne tombe pas dans le manichéisme. Certains hommes vont se montrer odieux, et Élise va devoir affronter des menaces de mort, des mesquineries quotidiennes et des tentatives de sabotage, mais il y aussi des hommes qui vont la soutenir inconditionnellement dans sa passion de l’aviation.

Elle pourra ainsi compter sur son petit frère, son amoureux, mais aussi son mécanicien qui, avec Anatole, va s’improviser garde du corps. Car si Élise reste positive et optimiste, la grogne monte et les menaces se précisent pour le plus grand désarroi d’Anatole prêt à tout pour protéger sa grande sœur. J’ai admiré l’audace, le courage, la pugnacité et le caractère aventurier d’Élise, bien loin du mien, mais j’ai également été très touchée par ce petit garçon loyal, courageux et observateur. Un caractère doux et bienveillant qui tranche avec la méchanceté de certains hommes pas vraiment enchantés à l’idée de laisser des femmes prendre les commandes d’un avion, ou revendiquer un quelconque droit… Heureusement, le public semble, quant à lui, bien plus accueillant ! Grâce à son audace en plein ciel et ses exploits, Élise se fait rapidement une place dans son cœur, ce qui ne fera rien pour atténuer la jalousie de certains… 

Une jalousie qui est allée très loin, l’autrice commençant par un prologue où l’on découvre une Élise blessée suite au sabotage supposé de son avion, avant de remonter le temps. Au fil des pages, on a donc cette impression qu’il y a une épée de Damoclès au-dessus de la tête de notre héroïne, ce qui suscite une certaine angoisse. On ne peut s’empêcher de se demander quand le drame va la frapper. Pour ma part, j’ai apprécié cette tension qui m’a un peu fait penser à celle que l’on ressent dans un thriller ou dans un roman policier. Cela devrait avoir un petit effet page-turner sur les jeunes lecteurs et, peut-être, faciliter la lecture de ceux qui n’ont pas l’habitude de lire.

Mais même sans cela, le roman se lit rapidement, les chapitres courts et l’alternance entre le point de vue d’Anatole et des extraits des carnets d’Élise rendant la lecture aussi dynamique que fluide. Les extraits nous permettent de mieux saisir la personnalité d’Élise et de réaliser à quel point elle est forte et déterminée. Car si elle ne peut rester de marbre face aux attaques dont elle est victime, elle garde la tête haute, le sourire et offre la meilleure défense vis-à-vis de ses détracteurs, une détermination à toute épreuve ! La seule chose qui, en tant qu’adulte, m’a surprise est la manière dont s’exprime son petit frère, ce dernier semblant en avance sur son âge. Mais vu la cible du roman, cela n’est pas dérangeant en soi.

En conclusion, nous plongeant en 1910 où le monde semble se prendre de passion pour l’aviation et ses débuts, Sandrine Beau nous permet de découvrir, bien que de manière libre et romancée, une partie de la vie et des exploits d’Élise Deroche. Première femme à avoir obtenu son brevet de pilote, Élise est une femme d’exception qui devrait vous subjuguer par sa personnalité, son talent, son amour de l’aventure et sa capacité à faire face aux attaques et aux mesquineries de certains hommes dérangés par l’idée de partager le ciel avec des femmes. Si vous avez envie d’une intrigue pleine de tension, entre terre et ciel, avec, en trame de fond, un message inspirant, La Cascadeuse des nuages est fait pour vous.

22 réflexions sur “La Cascadeuse des nuages, Sandrine Beau

  1. J’ai l’impression de trouver dans ton avis ici un peu de ce que j’ai aimé dans Une pour toutes où là aussi on suit le portrait d’une femme méconnue avec un beau décor historique. J’aime assez qu’on serve ça aux jeunes lecteurs et j’aime beaucoup aussi pour ma part ^^

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  2. Encore une femme dont les exploits ont été effacés au profit de ceux de ses collègues masculins… 😦 C’est chouette qu’on puisse enfin la redécouvrir et surtout des jeunes lecteurs!

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  3. Alors je ne sais pas pourquoi, c’est sûrement lié à la couverture, mais j’étais persuadée qu’il s’agissait d’une BD quand je l’ai vu dans tes précédents articles. 🤭 Pas grave, un roman ça me va bien aussi, surtout quand il s’agit d’un personnage d’exception comme ici. J’apprécie d’autant plus que l’auteure ne soient pas tombé dans l’excès en présentant tous les hommes comme étant des potentiels conçurent ou ennemi. Merci pour cette belle chronique !

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