Le Désosseur de Liverpool, Luca Veste

Couverture Le désosseur de Liverpool

Légende urbaine ou meurtrier de chair et d’os ?

Tous les enfants de Liverpool connaissent la comptine du Désosseur, monstre qui vivrait dans les bois depuis des décennies, enlèverait et tuerait ceux qui s’y hasardent – même si l’on n’a jamais pu prouver son existence…

Un jour, Louise Henderson et son collègue Shipley sont appelés au chevet d’une jeune femme blessée à l’arme blanche, qui affirme avoir été agressée par le Désosseur.

Les deux policiers attribuent d’abord ses allégations au choc subi, mais, peu après, le corps d’un homme est retrouvé là où elle aurait été attaquée, une clairière où l’on identifie des traces du tueur. Ne serait-ce donc pas qu’une légende ?

Il apparaît bientôt que Louise aurait un lien très personnel avec le Désosseur. Que cache donc son passé, qui la hante depuis si longtemps ?

L’Archipel (18 novembre 2021) – 400 pages – Papier (22€)
Traduction : Pierre Brévignon

AVIS

Avant d’entamer mes lectures de Noël, j’avais envie d’un thriller et quoi de mieux qu’un thriller au nom à vous donner des sueurs froides : Le Désosseur de Liverpool !

Le roman s’ouvre sur un prologue digne d’un bon film d’horreur. Pas en raison d’une profusion d’hémoglobine, mais de cette peur insidieuse qui monte en nous et qui nous donne le sentiment que d’un instant à l’autre, le grand méchant loup risque de nous attraper et de nous déchiqueter, voire bien pire. Car dans ces bois où quatre enfants sont venus se faire peur, plane le spectre d’un monstre, le Désosseur ! Une légende urbaine ? Peut-être, mais une légende effrayante qui se transmet d’oreille à oreille jusqu’à ce que le mythe devienne réalité.

Alternant entre différents personnages, tout en nous offrant quelques flash-back parfaitement maîtrisés, l’auteur nous plonge dans des peurs d’enfants, qui deviennent le cauchemar de tous quand une agression d’une violence sans nom est commise. Caroline ne se souvient pas de grand-chose, mais son état en atteste, la sauvagerie l’a frappée, une sauvagerie qui semblerait prendre les contours inhumains du Désosseur. Si les deux policiers en charge de l’enquête sont d’abord sceptiques devant l’hypothèse que son agresseur soit cette légende urbaine qui terrorise les enfants de Liverpool, de macabres découvertes pourraient bien faire vaciller leurs certitudes…

Un bon thriller, du moins pour moi, ça passe par de la tension, du suspense, des personnages à la psychologie développée et une atmosphère. Si j’aurais apprécié que l’auteur aille encore plus loin dans la psychologie de ses personnages, Le Désosseur de Liverpool n’en demeure pas moins un très bon thriller qui arrive dès les premières pages à tisser sa toile autour des lecteurs. Il faut dire que l’auteur a particulièrement soigné son atmosphère, tout en utilisant de manière intelligente l’environnement et le cadre dans lesquels évoluent les personnages. Il se dégage presque une frontière invisible, que l’on ne franchit qu’à ses risques et périls, entre une urbanité bétonnée devenue synonyme de sécurité, et une nature qui a repris ses droits, devenant le lieu de toutes les peurs, de tous les dangers et instincts refoulés. 

La célèbre comptine Promenons-nous dans les bois est remplacée par celle du Désosseur, bien plus entêtante, bien plus effrayante, bien plus impitoyable. Une comptine monstrueuse qui laisse entrevoir l’horreur de la réalité que vont devoir affronter Louise et Shipley, les deux policiers en charge de l’enquête pour trouver l’agresseur de Caroline. Ils cherchaient une personne de chair et de sang, ils vont être confrontés à une légende urbaine terrifiante, monstre fait d’ombre et de noirceur, qui embrase les esprits et les terrifient. À juste titre d’ailleurs !

J’ai adoré me plonger dans cette enquête sur les traces d’une légende urbaine que quelqu’un semble s’évertuer à faire vivre de la plus atroce des manières, mais j’ai également beaucoup apprécié le mystère entourant Louise. Victime de crises d’angoisse, en même temps que d’accès de violence qu’elle a parfois du mal à contenir, Louise a des difficultés à s’ouvrir aux autres, préférant garder son passé enfoui au plus profond d’elle-même, jusqu’à ce qu’il menace de la rattraper. Cette enquête la conduisant, elle et son partenaire, sur les traces du Désosseur semble raviver des souvenirs qu’elle aurait préféré taire… Et si Louise était bien plus liée à cette légende qu’elle ne veut bien se l’avouer ?

L’auteur instille la graine de la confusion dans l’esprit de son héroïne et le nôtre, en jouant sur certains détails qui pourraient nous conduire à mélanger les identités. Néanmoins, au fur et à mesure que l’ambiance se noircit et que les découvertes macabres s’enchaînent, tout notre être se tourne vers le Désosseur qu’il semble plus que jamais nécessaire d’arrêter ! Mais peut-on vraiment arrêter une légende ? Une question qui se pose en filigrane dans ce thriller mené tambour battant que j’ai dévoré en deux sessions de lecture, complètement happée par la tension omniprésente, le mystère entêtant, le suspense, et une héroïne dont la personnalité oscille entre violence et fragilité.

Louise m’a parfois frustrée en refusant de s’ouvrir à son partenaire, mais son comportement met également en lumière le fait que chacun réagit comme il le peut face aux blessures du passé. Alors, si je n’ai pas réussi à m’attacher à cette femme qui semble presque rester étrangère à elle-même, j’ai aimé partager ses doutes, ses angoisses et ses incertitudes. Elle dégage une certaine fragilité entre son envie de partager sa peine avec quelqu’un d’autre, et son instinct de préservation qui la pousse à garder ses secrets. L’attirance entre Louise et son partenaire, tout juste effleurée, est intéressante dans la mesure où elle reflète à la perfection la bataille intérieure de Louise, qui est prise entre ce qu’elle veut et ce qu’elle redoute. Quant à savoir si elle a raison de redouter son passé et ce qu’il pourrait ramener dans sa vie, je vous laisserai le soin de le découvrir…

Au fil de l’histoire, l’auteur égratigne également quelques dérives et travers de notre société hyperconnectée. Car si un être qui tue et dépèce est un monstre, qu’en est-il de ces personnes qui, munies de leur téléphone, guettent les scènes de drame pour les capturer et les partager, tels des charognards prêts à se jeter sur un bout de viande en échange de quelques likes. Les deux crimes ne sont pas comparables, mais cela n’en rend pas moins inacceptable l’indécence de certains qui se glorifient du malheur des autres. Est également évoquée, non sans intelligence, la manière dont notre société tend à invisibiliser les moins nantis…

En résumé, Le Désosseur de Liverpool est un thriller efficace et rythmé, chargé de tension et non dénué de suspense, qui mêle avec brio légende urbaine et bestialité humaine. Jouant sur les angoisses d’une policière dont le passé menace de l’engloutir, et une menace insaisissable qui prend sa place dans un imaginaire collectif nourri de peurs d’enfants et de cette propension bien humaine à aimer se faire peur, l’auteur nous plonge dans un roman où la mort prend allure de légende, avant que le visage du MAL ne se dévoile à nous dans toute son ignominie. Et si finalement, ce n’étaient pas les hommes qui font la légende, mais la légende qui fait les hommes ?

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

35 réflexions sur “Le Désosseur de Liverpool, Luca Veste

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