The book of Ivy, Amy Engel

Couverture The book of Ivy, tome 1

Voilà cinquante ans qu’une guerre nucléaire a décimé la population mondiale. Un groupe de survivants d’une dizaine de milliers de personnes a fini par se former, et ce qui reste des États-Unis d’Amérique s’est choisi un président. Mais des deux familles qui se sont affrontées pour obtenir le pouvoir, la mienne a perdu. Aujourd’hui, les fils et les filles des adversaires d’autrefois sont contraints de s’épouser, chaque année, lors d’une cérémonie censée assurer l’unité du peuple.
J’ai seize ans cette année, et mon tour est venu.
Je m’appelle Ivy Westfall, et je n’ai qu’une seule et unique mission dans la vie : tuer le garçon qu’on me destine, Bishop, le fils du président. Depuis ma plus tendre enfance, je me prépare pour ce moment. Peu importent mes sentiments, mes désirs, mes doutes. Les espoirs de toute une communauté reposent sur moi. Le temps de la rébellion approche…
Bishop doit mourir. Et je serai celle qui le tuera.
Née pour trahir et faite pour tuer… Sera-t-elle à la hauteur ? À la fois histoire d’amour torturée, thriller psychologique et dystopie cruelle, The Book of Ivy vous entraîne dans un compte à rebours haletant dont vous ne sortirez pas indemnes.

Pocket Jeunesse (3 novembre 2016) – 304 pages – 6,95€
Traduction : Anaïs GOACOLO

AVIS

J’ai enfin pris le temps de lire le premier tome de cette duologie dont j’entends beaucoup de bien depuis de nombreuses années. Et je dois dire que je ne regrette pas d’avoir sauté le pas ayant beaucoup apprécié ma lecture. Je pense d’ailleurs que si je l’avais lu lors de sa sortie, ce roman aurait pu être un coup de cœur. Cela n’a pas été le cas, l’univers manquant peut-être d’approfondissement, mais j’ai passé un très bon moment auprès d’une adolescente de 16 ans qui va se trouver dans une fort mauvaise position.

Dans ce monde post-apocalyptique réduit à peau de chagrin suite à une guerre nucléaire, la survie du groupe et de ses quelque 10 000 âmes passe avant tout : avant le bonheur individuel, avant toute notion de liberté, avant l’idée de démocratie, toutes les décisions passant par le « président » Lattimer. Ivy, comme tout(e)s les adolescent(e)s de 16 ans, n’a donc pas le choix et doit accepter de se soumettre à l’épreuve du mariage arrangé. Si lors de la cérémonie de mariage, chacun découvre son ou sa promise, elle, elle connaît déjà son identité, le fils du président ! Un mariage politique destiné à maintenir un semblant de paix entre deux familles importantes, entre deux familles qui se sont autrefois déchirées quant à l’avenir de la communauté…

Ivy est révulsée à l’idée de ce mariage avec Bishop, mais elle y consent autant par peur d’être expulsée et donc condamnée, personne ne sachant ce qui se cache et se passe hors des barrières, que par désir de mener à bien la mission pour laquelle elle a été conditionnée : tuer Bishop. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu ! Quand son père et sa sœur lui ont toujours intimé de réprimer son impulsivité et ses propres sentiments, Bishop l’écoute et l’encourage à se montrer telle qu’elle est… Prévenant, conciliant, doux et gentil, Bishop est loin d’être le jeune homme imbu de lui-même, froid et violent qu’elle attendait.

Sa personnalité des plus avenantes, en plus de faire tomber une à une les barrières de la jeune fille, va la mettre face à un choix très cornélien : tuer ce mari qu’elle a appris à apprécier, ou trahir sa famille et renoncer à ses rêves de démocratie ? Amour contre devoir familial, sentiments contre raison, confiance et loyauté contre bien commun… Mais plus on avance dans l’intrigue, plus on réalise que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît. Mensonges, trahisons, manipulation, Ivy n’est pas au bout de ses peines, la frontière entre les gentils et les méchants n’étant pas si claire que cela. La jeune fille va devoir puiser au fond d’elle-même pour trouver sa propre vérité et choisir entre les convictions qu’on lui a inculquées tout au long de sa vie et ce que son cœur et son instinct lui soufflent.

En commençant le roman, je ne m’attendais pas à autant apprécier Ivy et son évolution, cette dernière gagnant confiance en elle, et s’appropriant de plus en plus cette notion de libre arbitre complètement absente de la société dans laquelle elle a été élevée. Quant à son père, s’il affirme se battre pour offrir à chacun la possibilité de choisir par et pour lui-même, il semble avoir oublié d’appliquer ses grands principes à ses deux filles sur lesquelles il a plus ou moins opéré un vrai lavage de cerveau, sans oublier au passage de faire peser sur leurs épaules un bien lourd fardeau… L’émancipation d’Ivy est possible grâce à l’éloignement des siens mais aussi à la présence de Bishop, qui, contrairement à elle, semble avoir toujours été lucide sur les limites du système et de son propre père, le président. À cet égard, Bishop m’a agréablement surprise et m’a semblé finalement le plus lucide et réaliste du roman. Il n’approuve pas le système en place mais il a conscience qu’on ne peut pas tout révolutionner sans trouver d’alternative viable et durable, ce qui ne l’empêchera pas d’agir à son propre niveau. Alors si ses réactions manquent parfois d’éclat, sa personnalité permet de contrebalancer l’impulsivité d’Ivy qui la rend attachante, mais pas forcément très efficace sur le long terme.

Les deux forment un duo complémentaire qui trouvera une belle entente au grand dam d’Ivy qui aurait préféré ne pas s’attacher à cet homme qu’elle est censée détester pour ce qu’il représente, et tuer pour permettre à son père d’accéder au pouvoir. Bien que l’on reste sur une romance assez adolescente, j’ai été touchée par la manière dont les liens se resserrent entre ces deux jeunes gens dont le destin semble conditionné par leur naissance. Leur rapprochement nous semble naturel et jamais forcé, Bishop ne tentant jamais de contraindre Ivy, contrairement à son père et sa sœur qui tentent depuis toujours de la soumettre en jouant sur ses sentiments et un sens du devoir tellement valorisé qu’il en devient vide de sens. Au fil des pages et de la cohabitation forcée entre nos deux jeunes époux, on assiste à de jolies scènes pleines de pudeur et de tendresse qui devraient faire fondre bien des cœurs. Pour ma part, je n’ai pu m’empêcher de les trouver tous les deux attendrissants, d’autant qu’Ivy fait de son mieux pour ne pas céder à la seule personne qui semble vraiment la voir pour elle-même et non pour ce qu’elle représente.

Au-delà de la romance pleine de délicatesse, de nombreuses thématiques sont soulevées : le degré de liberté que l’on est prêt à sacrifier pour sa sécurité et sa liberté, la peine de mort dans une société où les ressources sont limitées et doivent donc être consacrées aux « bons éléments », la liberté, le libre arbitre, le deuil, la vengeance, le délicat et fragile équilibre entre le bien collectif et l’épanouissement personnel, les violences conjugales dans un système patriarcal où les femmes ne sont valorisées qu’ à travers leur rôle d’épouse et de mère et sont complètement à la merci de l’époux qu’on lui a assigné… Si l’univers aurait mérité d’être plus étoffé, j’ai trouvé, en revanche, la pluralité des thématiques intéressante et très bien amenée. L’autrice fait montre d’une certaine subtilité en les évoquant par l’exemple et non à travers un discours formaté ou pontifiant.

Quant à son style d’écriture, il se révèle efficace et plutôt addictif, permettant une lecture rapide et fluide. J’ai, en outre, apprécié qu’Ivy s’exprime comme on pourrait l’attendre d’une personne de son âge et de sa maturité, la jeune fille ayant dû grandir très vite et de manière solitaire. À cet égard, il y a un passage où Ivy souligne n’avoir jamais été maltraitée, ce qui n’a pas manqué de me faire bondir. Elle a certes eu un certain confort matériel et un toit sur la tête, mais j’estime que le manque sincère d’affection de la part de son père et sa tendance à réprimer tout ce qui faisait d’Ivy une personne à part entière sont incontestablement des formes de maltraitance. Pire, une forme de violence utilisée comme une arme de manipulation, puisque son père a bien compris qu’en agissant de la sorte, il s’assurait de maintenir sa fille sous son emprise, cette dernière étant prête à tout pour des paroles d’encouragement, un regard d’approbation ou un simple geste d’affection de sa part. Heureusement qu’avec Bishop, Ivy va découvrir que l’amour devrait toujours être inconditionnel, jamais sous condition et encore moins sous condition d’un meurtre !

En bref, The book of Ivy est le premier tome d’une dystopie qui nous plonge au cœur d’une société obnubilée par la survie et le bien commun au mépris des libertés individuelles. Une société que notre héroïne est bien décidée à faire voler en éclats avant de découvrir qu’elle n’est peut-être pas prête au sacrifice qu’on attend d’elle pour y arriver. Rythmé, non dénué de secrets de famille, de questions d’ordre éthique et moral, d’amour et de trahison, voici un roman que je vous conseillerais pour passer un moment de lecture entraînant et divertissant !

50 réflexions sur “The book of Ivy, Amy Engel

  1. Je l’avais lu à sa sortie et n’étant que peu amatrice de dystopie j’avoue que cela avait été un coup de cœur.
    Ces deux là ont vraiment de quoi se faire aimer au fil des pages. Le deuxième tome est plus sombre (si je me souviens bien) mais continue sur sa lancée avec les mêmes thématiques mais aussi de nouvelles non moins importantes. Une duologie vraiment sympa à découvrir ou relire je pense. Bonne semaine

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  2. Ça a l’air d’être dans le haut du panier de la dystopie. C’est intéressant avec toutes ces thématiques, cette belle évolution de l’héroïne et le côté pas trop caricatural de l ensemble. J’attendrai ton avis sur le tome 2 mais je vais peut-être m’y pencher ^^

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  3. J’avais passé un bon moment de lecture en compagnie de ce premier tome!
    Je me souviens avoir voulu poursuivre immédiatement avec le second tome et je l’avais pris en anglais.
    Je ne sais pas si c’était la meilleure des idées car de mémoire j’ai lu 20% du bouquin avant de le mettre en pause.
    J’aimais ce que je lisais, mais j’ai eu l’impression de m’être éloignée de l’histoire… Peut être le changement de langue, ou alors enchainer les tomes n’est vraiment pas pour moi!
    Lire ta chronique m’a donné envie de me replonger dans la suite 😊

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  4. Comme je te l’avais déjà dit mais je garde vraiment un très très bon souvenir de cette d’urologie et ton avis plein d’enthousiasme malgré quelques nuances me donne vraiment envie de m’y replonger. D’autant plus que même si je me souviens de la fin de ce premier volet, les souvenirs du second tome sont vraiment flous 😉

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  5. Je suis très contente de voir un tel retour sur cette lecture riche et plaisante qui, personnellement, a contribué à mon retour vers le genre YA.^^ Comme ti, le style d’écriture, les personnages, les manipulations et les émotions ont su me convaincre. ❤
    La suite est un peu décevante, mais bonne sur certains aspects… mais je te laisse juge, le jour où tu la découvriras !

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  6. Je l’ai lu à sa sortie et j’avais trouvé la lecture plaisante aussi 🙂 pas de coup de cœur car cela reste une dystopie YA assez classique, mais assez bien écrit pour que je ne le confonde pas dans la masse de ce genre que j’ai beaucoup (beaucoup) lu à l’époque 🙂
    Content qu’il t’aie plu!

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