La lady au parapluie noir, Mary Balogh

La lady au parapluie noir

De passage dans une auberge malfamée, le vicomte Kincade est attaqué par des malandrins. Mais le drame vire au burlesque quand une espèce de furie en chemise de nuit met les voleurs en déroute à grands coups de parapluie. Le vicomte est mortifié. Quoi de plus humiliant pour un gentleman que d’être défendu par une faible femme ? Il va être la risée du Tout-Londres quand l’histoire se saura ! Et le pire reste à venir, car en guise de remerciement la pétulante Daisy lui demande de lui ouvrir les portes de la bonne société. Impossible de refuser sans passer pour un goujat. Voilà donc notre vicomte coincé avec cette femme exaspérante… horripilante… et adorable.

J’ai lu (01/09/2021) – 288 pages – Papier (6,50€)
Traduction : Maud Godoc

AVIS

Après avoir abandonné Une partie de campagne au bout d’une centaine de pages, j’ai eu envie de redonner sa chance à l’autrice. Et mon choix s’est porté sur une nouvelle parution des éditions J’ai lu : La lady au parapluie noir.

Si dans Une partie de campagne, le style de l’autrice m’a semblé froid, presque clinique, il m’a ici tout de suite séduite. Fluide, agréable et pleine d’humour, la plume de l’autrice rend la lecture particulièrement addictive et amusante. D’ailleurs, cela faisait longtemps que je n’avais pas autant ri devant un roman ! Complètement captivée par Daisy et sa personnalité des plus originales, je l’ai lu en une soirée, d’autant que l’autrice a réussi à se dégager des canons habituels pour nous embarquer dans une histoire hautement divertissante.

Il faut dire que notre héroïne, c’est un spectacle à elle toute seule. Mue par un sens inégalé de la justice et par son envie profonde et sincère d’aider son prochain, elle a une légère tendance à se mettre dans des situations indignes d’une lady, à enchaîner les catastrophes et à se mettre à dos les personnes qu’elle veut sauver. Et ce n’est pas vicomte Kincade qui vous dira le contraire ! Se faire voler sa bourse dans une auberge avant d’être traité avec suspicion puis agressé par des gros bras, ce n’est pas glorieux pour un noble. Mais alors se faire sauver par une harpie en chemise de nuit qui pousse le vice jusqu’à payer vos dettes de jeu, votre nuit à l’auberge et votre séance de sport en chambre avec la serveuse, c’est le comble de l’humiliation. Une humiliation d’autant plus grande que le tout Londres s’en délecte et s’en esclaffe !

Imaginez donc la surprise de notre vicomte quand l’objet de sa honte lui demande de l’aider à introduire sa, il est vrai, très jolie sœur dans la haute société, quand il ne rêve que de serrer très fort son cou fort gracile au demeurant. Mais n’a-t-elle donc aucun instinct de survie ni bon sens ? Une question que Kincade ne cessera de se poser à mesure qu’il côtoie la jeune femme qui trouve toujours le moyen de le mettre dans l’embarras, et de se donner en spectacle au mépris des convenances qu’elle ne semble pas connaître. Mais indépendante et libre d’esprit, il est fort à parier que même si elle les connaissait, elle ne perdrait pas son temps à les respecter.

Que j’ai adoré les interactions entre ces deux fortes têtes avec, d’un côté, un noble éberlué par cette femme menue qui a le don de le mettre dans tous ses états, et une jeune femme altruiste et courageuse qui vit clairement dans son propre monde. Elle m’a beaucoup fait rire par sa manière toute personnelle d’interpréter les événements et de s’imaginer la reconnaissance dans les yeux des gens, alors qu’elle devrait plutôt y voir de l’irritation ou de la gêne, voire les deux. Ce décalage entre sa vision et la réalité donne des situations hilarantes et cocasses, d’autant qu’on assiste aux états d’âme d’un vicomte complètement désemparé par cette femme imprévisible et horripilante, mais diablement attirante. Car si Daisy, du haut de ses 25 ans, se considère comme une vieille fille sans charme, la réalité est tout autre…

J’ai eu un coup de cœur pour cette héroïne idéaliste, courageuse et altruiste qui fait passer le bonheur des autres avant le sien, et qui est complètement dévouée à sa jeune sœur Rose. Quant à Kincade, il m’a beaucoup amusée par son désarroi devant une Daisy qui ne voit jamais les choses comme elles le sont. Il m’a également touchée par la manière dont, petit à petit, il va avoir autant envie de l’étrangler que de la protéger de sa propre inconscience. Car Londres n’est pas sa campagne natale, et les interventions intempestives de la jeune femme pourraient avoir de terribles conséquences… Les deux personnages vont nouer une relation intéressante et mouvementée : Daisy est bien décidée à continuer à régenter son monde, tout en espérant que le vicomte continue à lui résister, ce que personne n’avait jamais fait avant lui ; Kincade est bien décidé à lui mettre un peu de plomb dans la tête. Et ça, ce n’est pas gagné ! Heureusement, un mauvais coup du sort va lui donner un petit délai pour tenter de réaliser l’impossible…

Si les deux ensemble ne m’ont pas donné des papillons dans le ventre, j’ai adoré les suivre et les voir évoluer au contact l’un de l’autre. Les personnages secondaires se révèlent également intéressants, et la plupart bienveillants, ce qui n’est pas si courant. Mention spéciale au frère du vicomte, un religieux qui tente de tempérer le caractère de son frère et qui se prend d’emblée d’estime pour Daisy, son altruisme et son courage. Ils ont une manière très différente de le faire, mais le religieux et la jeune femme essaient de réparer, ne serait-ce qu’un peu, les inégalités du monde et de protéger les moins nantis. Quant à Rose, elle fait un peu pâle figure devant sa sœur imprévisible au caractère bien trempé, mais elle n’en demeure pas moins attachante. Bien que celle-ci tende à la mettre régulièrement dans l’embarras sans même le réaliser, Rose est sincèrement attachée à Daisy et lui est reconnaissante de ses tentatives, parfois maladroites, de l’aider et de la soutenir. La jeune sœur de Kincade m’a, dans une certaine mesure, et en beaucoup moins exaspérante, rappelé Lydia, la jeune sœur d’Elizabeth dans Orgueil et préjugés, et l’antagoniste m’a un peu fait penser à Wickham…

En conclusion, légère, drôle et pleine de piquant, cette romance est un petit bonbon qui vous donnera le sourire aux lèvres ! À travers un duo haut en couleur, composé d’une héroïne intrépide qui vit dans son propre monde aux mépris de la réalité et des convenances, et d’un vicomte luttant très fort pour conserver le peu de maîtrise qui lui reste, l’autrice nous régale de scènes cocasses et hilarantes, nous prouvant sa parfaite maîtrise du comique de situation. Une romance historique parfaite pour se détendre, pour s’initier en douceur au genre ou au contraire, pour continuer sa découverte en compagnie d’un vicomte qui illustre parfaitement l’idée qu’entre l’exaspération et l’amour, il n’y a parfois qu’un pas ou une femme imprévisible, exaspérante, mais ô combien attirante.

27 réflexions sur “La lady au parapluie noir, Mary Balogh

  1. Personnellement après en avoir lu des critiques positives j’ai été déçue. Je ne crois pas avoir vu une héroïne qui m’ait autant horripilée depuis bien longtemps.
    j’avoue que les interactions sont parfois savoureuses mais perso je l’aurais étranglée un bon nombre de fois pour son côté écervelé et son manque de jugeote profonde. Elle m’a fait penser à une godiche de campagne descendue à la ville.
    Lol je sais que je suis probablement un peu trop sévère. J’ai aussi aimé certains personnages mais ce point a lui seul a gâché mon plaisir.
    Bonne semaine.

    Aimé par 3 personnes

  2. Pingback: ¤ Chronique littéraire : La lady au parapluie noir ¤ – Ma vie en rose

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