Les amants de Key West, Priscilla Oliveras

Couverture Les Amants de Key West

Photographe de renom, Alejandro n’avait pas revu sa ville natale de Key West, en Floride, depuis douze ans. Mais, après avoir été grièvement blessé, le voilà contraint d’y retourner.
Sur place, il retrouve son envahissante famille – dont son père qui ne lui a jamais pardonné d’avoir  » abandonné  » les siens et le restaurant cubain que tient la famille –, Enrique, son ami d’enfance, et surtout Anamaría, la sœur de ce dernier… son amour de jeunesse.
Anamaría a depuis développé une florissante entreprise de fitness, grâce entre autres à l’aide de Sara, l’épouse d’Enrique, influenceuse sur les réseaux sociaux.
Alejandro et Anamaría ne se sont jamais pardonné leur rupture. Aussi les retrouvailles entre les deux anciens amants s’annoncent-elles électriques. Mais sous le soleil de Floride, tout peut arriver… même le plus inattendu !

l’Archipel éditions (01/07/2021) – Roman & évasion – 340 pages – Papier (21€)
Traduction : Maryline Beury

AVIS

À noter que ce roman se déroule après Sous le soleil de Key West, que je n’ai pas lu, mais cela ne gêne pas la compréhension, les deux romans étant indépendants. Les quelques allusions de l’autrice à son premier roman enchanteront les personnes l’ayant apprécié, et permettront aux autres lecteurs, dont je fais partie, d’avoir un aperçu de l’histoire d’amour entre Sara et Luis. Une histoire d’amour qui ne m’attire pas outre mesure, à l’inverse de la nouvelle romance qui semble se dessiner à l’issue de ce roman…


Depuis quelques jours, j’enchaîne les romans des éditions de l’Archipel puisqu’après Duel au soleil et Dent de dinosaure, j’ai dévoré en deux soirées Les amants de Key West. Il faut dire que ma première rencontre avec Priscilla Oliveras s’est particulièrement bien passée, sa plume m’ayant d’emblée séduite, tout comme sa capacité à construire une intrigue douce et mouvementée à la fois, et développer des personnages humains dans leurs faiblesses, et attachants dans leurs qualités !

J’ai ainsi adoré partir à la rencontre de deux anciens amants qui, après une rupture difficile, vont avoir l’occasion de renouer et, avec un peu de chance, faire table rase d’un passé marqué par douze longues années de silence. Mais les choses s’annoncent, a priori, mal engagées… Anamaría, malgré la pression de sa mère, n’a aucune envie de revoir et prendre soin de son amour de jeunesse qui lui a brisé le cœur en quittant Key West pour réaliser ses rêves et fuir son père, en attendant d’elle qu’elle sacrifie tout pour le suivre. Et Alejandro n’a aucune envie de rester en convalescence dans sa famille, alors que son père lui a déjà depuis longtemps fait comprendre qu’il n’était plus le bienvenu, et qu’il a encore du mal à accepter ce qu’il considère comme une trahison de la part de son ex-petite amie. Sans son accident l’ayant gravement blessé, il n’aurait d’ailleurs jamais accepté de remettre les pieds dans sa ville natale où tellement de souvenirs le relient au passé…

Ce roman laisse une large place à la romance entre deux anciens amis et amants qui vont très vite réaliser que leur attirance d’antan est encore bien présente qu’ils le veuillent ou non. Malgré des échanges parfois tendus, chacun reprochant à l’autre leur rupture, on ressent pleinement leur très forte alchimie, leur connivence et cette complicité qui ne demande qu’à renaître de ses cendres. Pour ma part, j’ai adoré les voir évoluer ensemble, hésiter, douter, mais aussi réaliser que les blessures du passé ne demandent qu’à être définitivement pansées. Leur relation, pleine de tendresse et parfois un peu obscurcie par la peur d’être blessé, ne devrait pas manquer de faire battre le cœur des lecteurs, et leur donner très envie d’assister à un beau happy end entre deux personnages attachants qui semblent faits l’un pour l’autre. Anamaría et Alejandro nous offrent ainsi de très beaux moments durant lesquels les souvenirs du passé se mêlent aux espoirs du lendemain, un lendemain que le couple va devoir forger à son image.

L’autrice a réussi le tour de force de proposer une histoire d’amour belle et tendre qui s’impose à nous comme une évidence, mais qui n’est pas non plus exempte de difficultés, bien qu’elle ne se révèle jamais dramatique. En effet, si Anamaría et Alejandro se sont toujours aimés, ils ont également toujours eu entre eux le poids des attentes familiales et une vision de l’avenir assez différente. Ce sont d’ailleurs ces deux points qui les ont séparés il y a plus de dix ans et qui menacent maintenant de faire vaciller leur relation actuelle. Une relation sur laquelle ils se refusent à mettre un nom, mais qui compte énormément pour eux, malgré la menace d’un compte à rebours qui pourrait signifier la fin de tout ou, au contraire, le début d’une belle aventure à deux.

Peut-on aimer sans concession, tout en restant fidèle à ses propres rêves ? Peut-on concilier l’envie d’évasion et de découverte du monde de l’un, et le besoin de racines de l’autre ? Voici deux questions parmi de nombreuses autres soulevées par la relation entre une Anamaría ayant su trouver sa place au sein de sa communauté et un domaine professionnel dans lequel s’épanouir, et un Alejandro dont les aspirations professionnelles le conduisent par monts et par vaux. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié que l’autrice rappelle que si ce n’est jamais facile, il est bien souvent possible de trouver des compromis ne nécessitant pas le sacrifice de l’un au profit de l’autre.

J’ai également beaucoup aimé suivre Anamaría dans le développement de son activité professionnelle dans laquelle elle semble vraiment s’épanouir, et faire des étincelles, que ce soit grâce à son dynamisme, ses multiples compétences, sa gentillesse ou sa sincère envie d’aider les autres. L’aide de sa future belle-sœur, une influence qui croit en elle et qui lui a ouvert son carnet d’adresses, n’est pas non plus étranger à son succès… Quant à Alejandro, photographe de talent, il semble réussir à exprimer dans ses photos tous les mots qu’il se refuse à prononcer, les maux sur lesquels il évite de s’appesantir, les émotions qui l’assaillent au gré de ses rencontres, la beauté des décors et des paysages qu’il découvre, et la vie qui pulse en chacun des êtres vivants qu’il photographie.

Au-delà de cet équilibre entre aspirations personnelles/professionnelles et désidératas amoureux, qui n’est pas toujours facile à atteindre pour des personnes aux objectifs de vie très différents, l’autrice aborde également avec brio la complexité des relations familiales, une source puissante de motivation et de soutien pour avancer dans la vie, mais aussi parfois un frein difficile à surmonter. Ainsi, si Anamaría a toujours pu compter sur le soutien inconditionnel de sa famille, de ses frères protecteurs, d’une mère envahissante, mais bienveillante, et d’un père dont elle est le joyau, Alejandro lui a dû et doit toujours évoluer en eaux troubles, entre un frère, une mère et une grand-mère adorables, et un père qui l’a depuis fort longtemps rejeté. Ce dernier n’a, en effet, pas accepté que son aîné refuse de reprendre les rênes du restaurant familial, vivant cela comme un affront et une marque d’ingratitude envers un héritage familial construit à force de dur labeur et de sacrifices, la famille d’Alejandro ayant dû fuir Cuba sous Castro. 

Le père d’Alejandro m’a exaspérée à plus d’un titre, mais le personnage permet à l’autrice d’évoquer le poids des attentes familiales, parfois écrasantes, et la difficulté pour certains parents d’accepter que leurs enfants ne suivent pas la voie toute tracée qu’ils avaient prévue pour eux. À cet égard, il y a une scène qui m’a beaucoup émue, parce qu’elle concrétise une chose à laquelle Alejandro a toujours aspiré sans jamais se l’avouer, tout en nous offrant un moment père/fils d’une rare intensité. J’ai également été très émue par la manière dont le photographe de génie réussit, à travers son art, à construire un magnifique pont entre présent et histoire, qu’elle soit familiale et/ou collective.  Collective, car l’histoire de Cuba et des personnes qui ont dû fuir Castro est tissée en toile de fond… Que ce soit grâce aux quelques mots espagnols glissés par-ci par-là que j’aurais d’ailleurs aimé voir traduits en notes de bas de page (oui, j’ai l’envie saugrenue de comprendre tout ce que je lis), la cuisine ou l’immersion dans la vie de deux familles cubaines, l’autrice offre d’ailleurs une petite incursion dans la culture cubaine.

En conclusion, entre rancune, doutes, interrogations, espoirs et échanges auréolés de sensualité, assistez aux retrouvailles mouvementées entre deux anciens amoureux, dont la complicité évidente et l’alchimie indéniable, malgré de longues années de séparation, ne devraient pas manquer de vous faire battre le cœur. Voici une romance addictive et facile à lire parfaite pour l’été et les personnes en quête d’une histoire d’amour laissant néanmoins une large place à la famille, et soulignant l’importance des racines et des liens familiaux. D’ailleurs, mention spéciale pour l’adorable Lulu, une petite fille qui devrait vous faire fondre…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

32 réflexions sur “Les amants de Key West, Priscilla Oliveras

  1. J’avais lu le premier, l’année dernière, et j’avais beaucoup aimé. Ce qui m’avait marquée est que sous la légèreté, se cachaient des sujets profonds. À te lire, je sens que je vais encore plus aimer celui-là.😉

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  2. J’avais lu ton article au moment de sa publication mais n’avais pas terminé le roman. C’est chose faite ^^
    Pour le coup j’ai moins apprécié que Sous le soleil de Key West, j’ai notamment eu la sensation qu’Anamarìa et Alejandro se répétaient beaucoup au sujet de leur relation passée et de leurs sentiments respectifs. Globalement, la romance m’a donc laissée plutôt de marbre.
    En revanche, je te rejoins sur l’histoire plus globale de cette diaspora Cubaine ! C’était en toile de fond, mais hyper intéressant – et le moment dont tu parles entre Alejandro et son père m’a presque mis les larmes aux yeux.
    Pour le prochain tome, je lance les paris sur Enrique 🙂 !

    Aimé par 1 personne

    • Je vois ce que tu veux dire par les répétitions même si étrangement, cela ne m’a pas trop dérangée…
      Ce moment est d’une intensité émotionnelle incroyable ! J’en ai eu des frissons…
      Moi aussi, ça promet d’être intéressant et probablement assez caliente !

      Aimé par 1 personne

  3. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! juillet 2021 | Light & Smell

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