Mini chronique en pagaille #32 – #ProjetOmbre

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Pour cet article mini-chroniques en pagaille, j’ai choisi de vous parler de quatre textes lus dans le cadre du Projet Ombre.

  • Dans ses yeux de Sébastien Theveny

DANS SES YEUX - Nouvelle / Thriller par [Sébastien THEVENY]

Sam, un quinquagénaire divorcé et plutôt isolé, subit depuis trois ans des migraines, mais les crises se sont intensifiées depuis quelques jours. Et si les médicaments peuvent éventuellement réduire la douleur, ils semblent bien inefficaces contre ce cauchemar récurrent qui accompagne ses nuits. Un cauchemar qui devient de plus en plus précis…

Passant de spécialiste en spécialiste, Sam attend désespérément une explication, mais surtout une solution à ce cauchemar qui l’épuise et le terrifie. Mais si sa situation était liée à un homme peu recommandable comme le pense sa fille, étudiante au Canada ? Je n’en dirai pas plus, mais sachez que dans cette nouvelle, la science est confrontée à une question qui nécessite une certaine ouverture d’esprit. Et c’est d’ailleurs peut-être ce qui m’a un peu dérangée, la facilité avec laquelle policier, fille et médecins acceptent de se pencher sur une hypothèse quelque peu inattendue. J’aurais aimé voir batailler un peu plus le protagoniste et qu’on se pose des questions sur sa lucidité, même si j’imagine que vu le format, il était difficile de s’épancher trop longuement sur ce point.

Dans des yeux est nouvelle sympathique et bien écrite, mais j’avoue qu’elle m’a paru quelque peu conventionnelle et que sa fin manque de piquant. Or, j’apprécie les nouvelles avec une bonne chute ou, du moins, une tentative de chute… Je n’ai donc pas ressenti ce suspense et cette tension que l’auteur a probablement voulu susciter à travers l’histoire de Sam, mais peut-être qu’un lecteur peu coutumier des thrillers, se laissera bien plus surprendre. La nouvelle n’en demeure pas moins très plaisante et agréable à lire.


  • Après l’effondrement : Elon de Christophe Martinolli

Après l'effondrement, tome 0 : Elon par Martinolli

Il s’agit ici de la préquelle à la série Après l’effondrement que je n’ai pas lue, mais je dois avouer qu’elle m’a bien donné envie d’y remédier. J’ai apprécié l’ambiance survivaliste et de fin du monde qui s’en dégage, d’autant que la fin de l’histoire laisse planer un certain mystère sur le devenir d’une famille à laquelle je me suis attachée très rapidement. Une famille qui, en voulant fuir une comète, s’est probablement condamnée à un sort pire ou, du moins, à un sort peu enviable.

Comme dans Eschaton, on retrouve cette idée d’élite qui s’est arrogée le droit de décider qui doit vivre et mourir, même si ici, la solution pour survivre à la fin du monde ne se trouve pas dans un monde virtuel. Le résultat n’en demeure pas moins tout aussi questionnable sur le plan éthique et moral. Quand les élites se transforment en monstres, peu étonnant que le commun des mortels, condamné à survivre comme il le peut, finisse par suivre le chemin de la violence…

En bref, l’histoire est courte, mais si vous aimez les récits de survie, Elon devrait vous plaire et vous donner envie de vous intéresser à la série principale, en croisant les doigts pour que ces deux parents et leur fils échappent à cette cruauté qui semble prête à s’abattre sur eux.


  • La Tour des hiboux de Gustave Aimard

La Tour des hiboux (Annotated) par [Gustave Aimard]

Devant l’insistance des autres participants à un festin, notre narrateur consent à raconter un épisode épique de sa vie. Si j’emploie le verbe consentir, c’est que le bougre s’est quelque peu laissé prier… Il faut dire qu’il pensait ne rien avoir d’intéressant à raconter, alors que l’histoire qu’il dessine sous nos yeux, et qui lui est arrivée lors de ses jeunes années, est des plus haletantes.

Retour donc dans le passé : après un repas chez un ami en compagnie d’un célèbre voleur de grand chemin, il décide de rentrer chez lui malgré le danger de voyager seul en pleine nuit, a fortiori en pleine tempête ! Mais devant le déchaînement des éléments, il finit par trouver refuge dans une vieille tour laissée à l’abandon… Malheureusement pour lui, il semble avoir choisi le mauvais endroit pour passer la nuit, du moins, une nuit tranquille.

La nouvelle étant très courte, je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’auteur a réussi à créer une ambiance mystérieuse et plutôt angoissante. De fil en aiguille, on en vient à sérieusement s’inquiéter pour notre narrateur, tout en tentant de se rassurer : s’il est capable de narrer cette aventure, c’est bien qu’il s’en est sorti. La chute à l’heure actuelle est assez commune, mais elle n’en demeure pas moins efficace. Mais la force de cette nouvelle, du moins pour moi qui adore les belles plumes, est indéniablement le style de cet auteur du XIXe siècle. Un style classique dans ce qu’il y a de meilleur avec cette fluidité teintée d’élégance qui permet de savourer les mots, tout en appréciant l’immersion qu’ils favorisent.

En bref, voici une sympathique nouvelle qui rappelle un peu la tradition des veillées d’antan et qui devrait plaire aux amateurs d’histoires avec des brigands.


  • La Métamorphose de Franz Kafka

La Métamorphose cover art

Lu beaucoup plus jeune suite à une rédaction nous demandant de nous imaginer dans la peau d’un cafard, j’ai eu envie de redécouvrir l’histoire  avec un œil d’adulte, n’ayant pas à l’époque la maturité nécessaire pour comprendre le sous-texte et les différentes critiques sociétales et économiques soulevées par l’auteur.

Et d’emblée, j’ai été frappée par la manière subtile et imaginée avec laquelle il dénonce des choses comme l’aliénation par le travail. À cet égard, la scène d’entrée dans laquelle le narrateur est poursuivi jusqu’à chez lui par un représentant de son patron parce qu’il a un peu de retard est frappante. Complètement absurde, cette scène est presque annonciatrice de la surveillance étroite que subissent actuellement certains salariés, mais elle dénonce aussi parfaitement ce productivisme déshumanisé qu’on attend d’eux. Dans ce cadre, la totale dévotion à son entreprise devient une condition sine qua non pour être un bon salarié, le présentéisme, une exigence, et la maladie, une excuse de fainéant…

Mais ce thème laisse assez vite place à quelque chose de plus pernicieux et vicieux : l’aliénation par la famille. Car si Gregor semble totalement dévoué à sa famille, la réciproque est loin d’être vraie. Ses parents et sa sœur se comportent tout simplement avec lui en parasite, ce qui m’a d’ailleurs un peu fait penser au film coréen du même nom. Ils se reposent complètement sur Gregor pour les faire vivre. Le plus triste, dans cette histoire, c’est que celui-ci semble s’en accommoder et considérer la chose comme normale. Alors même qu’il a perdu contenance humaine et qu’on le néglige, il continue à s’inquiéter pour les siens et à penser à l’avenir de sa sœur. J’imagine qu’il y a des raisons historiques et culturelles à ce comportement, mais pour le lecteur du XXIe siècle , cela ne peut que susciter la plus vive indignation.

Un sentiment qui croît à mesure que sa situation se détériore : plus le temps passe, plus Gregor est laissé à l’abandon et seul face à cette métamorphose dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle a le mérite de dévoiler les plus bas instincts de ses proches. Indifférence puis colère de la part du père, pitié et inquiétude puis ignorance de la part de la mère, soin puis indifférence, voire colère de la part de la sœur. Avec un tel soutien, on en vient à se demander s’il n’est pas préférable pour Gregor de rester dans sa nouvelle condition que continuer à soutenir une famille aussi ingrate. Une famille qui en vient d’ailleurs à prendre une décision révoltante, sans devoir la mettre en place, Gregor leur facilitant, une fois de plus, la tâche. Je n’ai pu m’empêcher de voir dans la fin un acte ultime et douloureux de dévotion d’un jeune homme que sa famille ne méritait clairement pas.

Je ne doute pas qu’il y a encore beaucoup à dire de cette nouvelle qui, en peu de pages, arrive autant à susciter des réflexions qu’à créer la plus vive indignation !

Et vous, certains de ces textes vous tentent-ils ?
Les connaissiez-vous ?

35 réflexions sur “Mini chronique en pagaille #32 – #ProjetOmbre

    • Je n’ai pas ressenti cette angoisse, mais peut-être que le format audio y est pour quelque chose. J’ai, en revanche, ressenti grâce au narrateur un côté presque tragi-comique, dont je n’avais pas le souvenir.
      J’ai bien aimé l’effondrement même si j’ai maintenant une série de plus dans ma wish list 🙂 Mais c’est le jeu… Je t’épargnerai le « ma pauvre Lucette ».

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  1. Je ne connais aucun de ces livres mais en lisant ta première chronique « Dans ses yeux » , j’avais tellement envie de savoir quel cauchemar tourmentait autant Sam, du coup je suis curieuse maintenant 😆 Et juste en passant comme ça, j’adore tes publications en format « mini chronique » ☺️

    Aimé par 1 personne

  2. Comme toi, j’ai lu La Métamorphose il y a plusieurs années, pour l’école, une lecture qui m’avait marquée mais dont certains messages m’ont certainement échappé… Je ne pensais pas dire cela un jour, mais j’ai désormais envie de relire cette nouvelle, et c’est grâce à ta chronique !

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  3. Pingback: Top Ten Tuesday #207 : les 10 livres lus durant la Semaine à 1000 pages (mars 2021) | Light & Smell

  4. C’est marrant, je viens de me dire récemment qu’il fallait que je relise la métamorphose de Kafka aussi, à l’occasion de la lecture de vert-de-lierre de Louise Le Bars. Revenir un peu aux classiques, parfois, ce n’est pas mal, je n’en ai que des bribes de ce texte, que j’avais dû lire au collège je crois… Ta chronique dessus est donc un signe !

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    • Dans ce cas, je ne peux que t’encourager à suivre ce signe 🙂 Je prends beaucoup de plaisir à me replonger dans des classiques, d’autant que je me rends que finalement, la plupart sont bien plus accessibles que dans mes souvenirs d’ado !

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      • Oui c’est vrai ce que tu dis, les lectures de jeunesse (surtout els classiques du cadre scolaire…) laissent des souvenirs assez mitigés parfois. On s’en est fait des montagnes et puis en fait… (je pense que bcp de ces lectures sont venues trop tôt peut-être ? )

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