Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil, Magali Guyot

Couverture Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil

Après les derniers évènements, la Cité tente de sauver les apparences tandis que les communautés éclatent.
La Vallée est en fuite, scindée en deux groupes à la survie incertaine. Les années passent, détruisant Yannis, poussant son fils, Alexis, à prendre la relève pour la quête de pouvoir.
Un allié inattendu veille. Mais les nouveaux dirigeants de la Cité sont plus cruels que jamais. Poussés à la fuite, Brionne et Raul, anciens dirigeants de la Vallée, séparés, se retrouvent confrontés à certains choix et de nouvelles rencontres.
Au sud du territoire, à l’abri des humains, une brise aussi inespérée qu’instable se lève.

FARALONN éditions (2 décembre 2019) – 218 pages – Papier (14,50€) – Ebook (5,99€)

AVIS

L’action se déroule juste après les terribles et dramatiques événements du premier tome, dont l’un m’avait cruellement brisé le cœur. Je crois que je ne m’en suis toujours pas remise et ce n’est pas cette suite qui va m’aider à panser mes blessures, l’autrice poussant de nouveau ses protagonistes dans leurs retranchements. Bien que les circonstances soient différentes et inhérentes à la vie humaine en elle-même, mon cœur a d’ailleurs de nouveau été mis à rude épreuve !

Les Vallériens, ces hommes, femmes et enfants qui ont fui l’oppression de la Cité, ont dû se résoudre à se séparer en deux groupes, avec l’espoir un jour de pouvoir se réunir sans danger et sans subir la vengeance d’un pouvoir politique vicié et autoritaire. En attendant, chaque groupe poursuit sa propre route qui se révélera semée d’embûches, mais aussi de nouvelles rencontres et de belles alliances, qui nous prouvent qu’il y a une vie en dehors de la Cité et de la Vallée. Une réalité que les dirigeants de la Cité sont bien décidés à garder cacher, sous peine d’une révolte populaire qu’ils n’ont guère envie d’affronter. C’est qu’un peuple apeuré devant les caprices de la nature et d’un monde en partie décimé est bien plus facile à gérer que des individus pleinement conscients des forces en jeu et des véritables enjeux de leur soumission…

En trame de fond, la question politique est donc essentielle, les drames vécus par les Vallériens n’étant finalement que les conséquences de vastes machinations et de décisions mues par la convoitise et l’appétit de pouvoir de certains. Mais ce tome laisse également une très large place à l’action, puisque nous suivons au plus près les aventures des deux groupes. Si j’ai apprécié d’alterner entre les deux fronts et de voir comment chacun allait faire face à la situation, je dois reconnaître avoir préféré suivre le groupe mené par Brionne et Alaric. Rien d’étonnant à cela, Alaric étant l’un de mes personnages préférés.

Bien qu’il soit profondément affecté par une perte immense, il refuse de céder à la vengeance et fait de son mieux pour tempérer la fougue de Brionne et l’aider à diriger le groupe en bonne intelligence. Parfois encore un peu renfermé, année après année, cet homme nous prouve son humanité, sa gentillesse et son envie d’aller de l’avant sans s’enfermer dans la haine. Des caractéristiques qui nous frappent à mesure que l’on découvre ses carnets où il a consigné scrupuleusement les différents événements des dernières années. Une démarche d’historien pleine d’intelligence et non dénuée d’un certain optimisme quant à la possibilité qu’en découvrant les erreurs du passé, les générations futures évitent de les reproduire.

La question de la vengeance et du pardon est récurrente dans ce tome : si certains veulent panser leurs blessures pour s’assurer un avenir de paix où la haine n’a pas sa place, d’autres se révèlent plus vindicatifs et n’aspirent qu’à rendre coup pour coup. Malgré ces différences de points de vue, il semble néanmoins y avoir une certaine entente et joie de vivre à l’intérieur des deux groupes. Mais rappelons que dans cet univers, rien n’est jamais gravé dans le marbre et que la paix n’est jamais assurée bien longtemps. Et si finalement, cet idéal de paix prôné par certains risquait de coûter très cher à la communauté ? Que peuvent les velléités de paix et de reconstruction de survivants face à la technologie de la Cité et à la fourberie de son dirigeant, qui ne conçoit le pouvoir qu’à travers le prisme de la domination et de la manipulation ?

La manipulation semble être l’arme des puissants, mais est-elle toujours utilisée à mauvais escient ? Une question qu’Alexis, fils de Yannis, nous pousse à nous poser. Ce personnage est probablement le plus insaisissable de ce tome. Froid, intelligent et calculateur comme son grand-père et l’ancienne version de son père, il se révèle encore plus insondable, au point que même son plus grand soutien en vient parfois à douter de ses motivations et de ses réactions. Sans être attachant, c’est un personnage fascinant qui représente peut-être la plus grande chance de paix, que ce soit à moyen ou longs termes, à condition que le pouvoir ne finisse pas par le pervertir et le détruire comme il l’a fait avec son propre père.

À cet égard, l’autrice a réussi l’exploit de rendre Yannis si pathétique que j’en suis venue à le prendre en pitié, alors que je l’ai détesté une bonne partie du premier tome. Rongé par la culpabilité et cette ambition qui l’a poussé à commettre la pire des trahisons, on assiste à sa descente aux enfers, une descente aux enfers bien méritée ! Néanmoins, devant son changement de personnalité et une certaine prise de conscience de sa part sur ses actes passés, j’avoue espérer le voir revenir sur le devant de la scène et, peut-être, tenter d’œuvrer pour la paix. Ce serait une belle manière de rendre hommage à un personnage dont on sent encore l’ombre planer.

En plus des deux groupes et de différentes personnalités de la Cité, on suit Fento, un robot faisant le pont entre la machine et l’humain, que j’avais adoré dans le premier tome. Il découvre ici un rôle surprenant pour un robot : celui de père ! Grâce à ses souvenirs et à ses connaissances en encyclopédiques, il a fait de son mieux pour élever Keira, un nourrisson qu’il a voulu éloigner et sauver de la perversion et de la méchanceté humaine. Toutefois, au fil des années, Fento réalisera que condamner toute une humanité sur la base des exactions de certains n’est finalement pas la plus sage des décisions… Je vous avouerai avoir complètement craqué devant la relation père/fille qui s’est nouée entre notre robot et Keira !

En raison d’une éducation peu conventionnelle, cette dernière est devenue une jeune femme forte et déterminée, mais pas très douée pour les relations humaines. Elle se révèlera assez drôle sans le vouloir, son absence de connaissance des codes sociaux la faisant ressembler parfois fortement à Fento, qui n’est pas connu pour sa diplomatie. Je n’en dirai pas plus, mais j’anticipe, j’espère à raison, une confrontation avec des personnes liées à son histoire familiale. Dans tous les cas, la fin nous laisse entrevoir quelques rebondissements et un jeu du chat et de la souris entre la jeune fille et le pouvoir en place au sein de la Cité. Les ennemis naturels d’hier, deviendront-ils les alliés de fortune de demain ? Tout est possible dans ce monde de manipulation et de faux-semblants, où chacun semble porter un masque et ses ambitions comme reflet de sa personnalité.

Fuite, recherche de nouveaux territoires, découverte d’autres survivants, construction d’une nouvelle vie pour certains, soif de pouvoir pour d’autres, il se passe toujours quelque chose dans ce deuxième tome particulièrement rythmé et immersif. En plus de l’action omniprésente et de la tension qui n’est jamais bien loin, la force de ce roman réside également dans l’alternance des points de vue et l’utilisation parfaitement maîtrisées des ellipses temporelles. Sans nous perdre dans des détails inutiles, futiles ou redondants, l’autrice se concentre sur l’important, nous permettant ainsi d’avoir une vision claire et précise de l’évolution de la situation et des personnages. Un peu comme si nous étions dans un immense jeu de stratégie et de survie. Elle n’en oublie pas pour autant de partager avec nous quelques tranches de vie, condition sine que non pour susciter l’attachement des lecteurs aux personnages et humaniser un récit dans lequel certains sont aussi froids que des robots…

À noter que pour les lecteurs qui auraient laissé passer un certain temps entre la lecture des deux tomes, une liste des principaux personnages est disponible en début d’ouvrage ainsi qu’un prologue qui ne devrait pas manquer de réveiller votre mémoire.

En conclusion, ce deuxième tome intitulé Exil porte parfaitement son nom puisque l’autrice ne nous propose ni plus ni moins qu’une aventure dans laquelle des survivants vont devoir se séparer pour espérer survivre et s’éloigner des griffes d’une Cité gangrénée par un pouvoir manipulateur, qui ne recule devant rien pour imposer sa domination. Entre l’espoir, les rencontres et les désillusions, le danger n’est jamais loin et les forces en place peut-être plus mouvantes qu’il n’y paraît. Paix ou destruction, quel avenir pour la Cité et les anciens Vallériens ?

Retrouvez le roman sur le site des éditons Faralonn.
Je remercie Magali Guyot pour sa dédicace et l’envoi de son roman en échange de mon avis.

17 réflexions sur “Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil, Magali Guyot

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