Vol au-dessus d’un nid de coucou, Ken Kesey

Couverture Vol au-dessus d'un nid de coucou

Dans une maison de santé, une redoutable infirmière, « la Chef », terrorise ses pensionnaires et fait régner, grâce à un arsenal de « traitements de chocs », un ordre de fer, les réduisant à une existence quasi végétative. Surgit alors McMurphy, un colosse irlandais, braillard et remuant, qui a choisi l’asile pour échapper à la prison. Révolté par la docilité de ses compagnons à l’égard de « la Chef », il décide d’engager une lutte qui, commencée à la façon d’un jeu, devient peu à peu implacable et tragique.

AVIS

Je ne chroniquerai pas en profondeur ce roman devenu culte, mais je peux néanmoins vous dire qu’on est ici en présence d’une histoire qui marque et qui remue… On comprend d’ailleurs sans peine la renommée de ce roman que je regrette de ne pas avoir lu avant d’autant qu’il se révèle particulièrement accessible. Peut-être en raison de la manière dont il met à nu des drames humains et des trajectoires individuelles qui, à un moment donné, ont dévié, mais aussi des interactions humaines touchantes et inattendues.

Il faut dire qu’en nous plongeant dans l’antre d’un hôpital psychiatrique, l’auteur a fait le choix de présenter des personnages atypiques qui n’arrivent pas à s’intégrer à la société et qui évoluent au sein d’une structure médicale, supposée les aider. Or, on comprend très vite que les choses ne sont pas aussi simples, les techniques de guérison employées se révélant parfois contestables, et c’est un euphémisme.  Difficile de ne pas se révolter devant cette violence omniprésente qui ne peut que miner les progrès des patients… On en vient d’ailleurs à se demander si les soignants ont véritablement envie de les guérir ou s’il n’est pas plus commode de garder enfermés des patients qui se révèlent parfois plus marginaux qu’autre chose.

Loin de l’humanité que l’on serait en droit d’attendre d’un tel lieu, il se dégage de l’hôpital une dureté et un sentiment d’oppression, tous les deux symbolisés par une infirmière surnommée la Chef. Une sorte de croquemitaine à blouse qui a veillé à asseoir son autorité, de sorte que personne n’ose rien dire, que ce soit du côté des patients ou du personnel médical. Mais la situation change progressivement avec l’arrivée d’un homme, McMurphy, qui va apporter un doux vent de révolte et réveiller ses compagnons d’infortune.

Alors, on frémit et on s’insurge des méthodes pour « soigner », mais on s’amuse également beaucoup devant tous les pieds de nez que McMurphy fait à la Chef, bien plus dictatrice en puissance que professionnelle bienveillante… Son esprit rebelle, sa gouaille, sa personnalité haute en couleur et son charisme font du nouvel arrivant un porte-parole pour les patients qui osent à peine, pour certains, s’exprimer, si ce n’est respirer trop fort.

Mais à mesure que le bras de fer psychologique entre la Chef et McMurphy s’engage, on sent imperceptiblement le climat s’alourdir ! Il y a une sorte de tension sourde qui grandit, mais que le tonitruant McMurphy semble minimiser comme si les moments d’accalmie pouvaient le mettre à l’abri de la tempête. Les lecteurs, à l’inverse, ne peuvent s’empêcher de s’inquiéter et de se demander s’il ne risque pas de franchir la ligne rouge et déclencher des hostilités, dont les conséquences pourraient fort bien le briser…

L’auteur a effectué un véritable travail sur la construction de ses personnages, que l’on a, de fil en aiguille, l’impression de connaître et pour lesquels on développe une vive affection. Certains sortent néanmoins du lot comme McMurphy, bien sûr, mais aussi notre narrateur, colosse qui se prétend sourd et muet, et qui se pose comme observateur éclairé et éclairant, ou encore, un homme au délicieux humour pince-sans-rire !

J’ai, pour ma part, beaucoup apprécié les interactions entre les différents personnages, et la dynamique de changement insufflée par notre esprit rebelle qui, bien qu’il devienne un héros pour ses camarades, veille à ne jamais se présenter tel quel. Car si la révolte de McMurphy face à l’autorité écrasante et arbitraire de la Chef est réelle, il n’en demeure pas moins un homme mû par ses propres plaisirs et sa propension à tirer profit de chaque situation. Une dualité qui inscrit le personnage dans la réalité…

Quant à la fin, plutôt abrupte, elle m’a quelque peu déstabilisée même si finalement, tout était mis en place pour nous y amener !

Intelligent et cynique, voici un roman que je ne peux que vous conseiller que ce soit pour les thématiques abordées, du monde psychiatrique à ses dérives en passant par l’oppression d’un peuple pour s’approprier ses terres, ou les personnages atypiques pour lesquels on développe un certain attachement.

33 réflexions sur “Vol au-dessus d’un nid de coucou, Ken Kesey

  1. J’avais beaucoup aimé le film, j’aimerais bien avoir le temps de lire le livre un jour.
    Je vous vois en parler plus haut : j’ai vu Ratched, c’était pas mal du tout avec une esthétique très particulière, assez étonnante dans un hôpital psychiatrique d’ailleurs (ce n’est pas vraiment l’image qu’on s’en fait). J’espère qu’elle sera prolongée.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Top Ten Tuesday #203 : 10 auteur(e)s découvert(e)s en 2020 | Light & Smell

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.