Le jeu, Jean-Christophe Chaumette

Le jeu

Ils ne s’étaient pas retrouvés depuis dix ans et le jeu allait les réunir une nouvelle fois. Ils avaient décidé de tout oublier, de se retirer hors du monde, hors du temps, pour une dernière partie. Ils pensaient éprouver plus de frissons, plus d’émotions et plus de plaisir qu’ils n’en avaient jamais connu. Mais ils n’avaient pas compris toutes les règles du jeu…

Évidence Éditions (16 octobre 2020) – 260 pages – Broché (16€) – Ebook (7,99€)

AVIS

La couverture a tout de suite attiré mon attention, mais c’est le titre, aussi court qu’énigmatique, qui m’a donné envie de me plonger dans ce roman que j’ai trouvé extrêmement bien construit et plutôt intelligent. D’une plume simple, mais efficace, l’auteur nous plonge dans les arcanes d’un jeu déroutant, car si les règles nous sont expliquées progressivement, on se rend compte, petit à petit, que plus qu’un jeu, il s’agit d’un piège.

Un piège dans lequel sont tombés plusieurs amis qui, dix ans après leur dernière rencontre, sont réunis pour une nouvelle partie étalée sur plusieurs semaines. On aurait pu s’attendre qu’après toutes ces années, les questions autour de la vie privée de chacun fusent, mais que nenni. Une fois les banalités d’usage débitées, la partie peut commencer. Et, quelle partie !

Les amateurs de jeu de rôle devraient apprécier de se plonger dans ce roman, mais, pour ma part, ce que j’ai adoré, c’est le suspense, le mystère et l’angoisse que l’auteur distille et insuffle à son récit. On sait très vite que quelque chose de grave et de dramatique est arrivé durant la partie. On connaît aussi rapidement l’identité du coupable, du moins du coupable désigné, mais restent en suspens la question de la nature du drame, puis plus tard, les raisons qui ont pu pousser quelqu’un, en apparence calme et sympathique, à de telles atrocités.

De quel mal a-t-il été frappé pour en arriver là ? Je resterai assez vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture, mais j’ai apprécié le machiavélisme avec lequel l’auteur pousse ses personnages dans leurs retranchements, jusqu’à leur faire atteindre leur point de rupture. Se pose ainsi la délicate question de la responsabilité… Le Mal a-t-il toujours été là, tapi dans le noir sous des couches de civilité et de gentillesse, ou c’est le jeu, dans toute sa perversité qui l’a créé, à moins que la réponse soit encore bien plus terrifiante que cela…

Le jeu est un mot qui se part bien souvent d’innocence, mais il peut également révéler une réalité bien plus sombre et plonger certaines personnes dans les affres de la tourmente et de l’addiction. En effet, si les adultes qui nous sont présentés en début d’ouvrage nous semblent tous très différents les uns des autres, ils ont tous en commun d’être complètement obnubilés par le jeu. Dès leur arrivée chez l’un des participants, toutes leurs pensées et leurs actions sont tournées vers un seul et même objectif : le jeu.

Il faut dire que leur maître de donjon, extrêmement consciencieux et engagé dans son rôle, s’est assuré d’avoir l’entière et totale attention, si ce n’est dévotion, des participants… Des participants qui n’attirent guère la sympathie des lecteurs, mais qui n’en demeurent pas moins fascinants par leur propension à chercher dans le jeu un exutoire ou, pour certains, quelque chose de bien moins anodin. Mais à trop se perdre dans l’irréel et l’imaginaire, ne risque-t-on pas d’y perdre son âme ? Pour le savoir, il faudra vous plonger dans le roman, mais je peux néanmoins vous dire que la tournure que prennent les événements ne devrait pas manquer de vous captiver et de provoquer en vous un certain sentiment de danger.

En effet, l’auteur ne tombe pas dans le gore, mais il y a définitivement quelque chose qui prend à la gorge dans cette histoire où semble flotter l’ombre du Mal… L’angoisse monte crescendo et nous laisse dans l’expectative d’une fin que l’on pressent diabolique et qui s’est révélée à la hauteur de mes attentes.

Au-delà de l’ambiance qui plonge doucement vers l’horreur, le roman met également en avant le lien étroit entre chaque joueur et le personnage qu’il s’est construit dans le jeu, ce que j’ai trouvé très intéressant et assez révélateur sur la personnalité et les attentes de chacun. Des attentes qui diffèrent d’ailleurs fortement d’un joueur à l’autre puisque l’auteur nous offre une galerie variée de personnages entre un psychiatre plein de suffisance, une femme oisive et plutôt méchante, un homme toléré pour ses capacités hors du commun dans le jeu, mais méprisé par les autres dans la vraie vie, un hôte aimable à la réussite évidente, un maître de donjon assez énigmatique qui semble presque auréolé de toute-puissance… Des êtres et des parcours de vie assez différents qui s’effacent devant l’impératif du jeu… pour le meilleur et pour le pire. 

En conclusion, avec intelligence, et sans un certain sens de la mise en scène, l’auteur nous plonge dans les arcanes d’un jeu, peut-être moins innocent qu’il n’y paraît… Roman où l’ambiance s’épaissit à mesure que les pages défilent, Le jeu est surtout un récit dans lequel aucune place n’est laissée au hasard, car si la vie n’est qu’un jeu, celui-ci est particulièrement machiavélique et bien pensé ! Aucun moyen d’y échapper, mais rappelez-vous que ce n’est qu’un jeu…

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

15 réflexions sur “Le jeu, Jean-Christophe Chaumette

  1. C’est un auteur que j’ai lu, c’était assez sympathique mais je ne pense pas le lire de nouveau dans les mois qui viennent. En effet, ce n’est pas forcément le genre de roman sur lequel je me jette en ce moment. Quoi qu’il en soit, merci pour ta chronique, elle est top ! 🙂

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      • c’est ce que j’ai cru en te lisant et ça parle de jeu de role… les animés auxquels je fais référence parlent de joueurs qui se retrouvent piégés dans un jeu. un peu façon jumanji si tu veux, mais dans une ambiance plus « fantasy » avec des quetes, des armes, des personnages non humains, …

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  2. Je comprends que la couv’ t’intrigue. Et je suis ravie que le contenu soit à la hauteur, notamment dans sa construction scénristique. Tu donnes envie quand tu parles de jeu de rôle, de suspense et d’angoisse ! Le cocktail est alléchant. J’aime assez quand le jeu, de prime abord innocent, se révèle aussi dangereux qu’un Jumanji.

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