Jamais tu ne me quitteras, Chevy Stevens

Jamais tu ne me quitteras par Stevens

Lindsey a refait sa vie sur une île proche de Vancouver. Voilà dix ans, la jeune femme avait pris la décision de fuir avec sa fillette un mari qui, sous une apparence d’homme idéal, lui faisait vivre l’enfer.

Aujourd’hui, Lindsey a la sensation d’être suivie et espionnée jusque chez elle – comme autrefois. Pour elle, ça ne fait aucun doute : Andrew, son ex-mari – sorti depuis peu de prison – veut se venger.

Andrew, lui, prétend qu’il a changé. Sincère repentance ou manipulation machiavélique ?

L’enfer recommence ! Et ses flammes vont tout dévaster…

L’Archipel (8 octobre 2020) – 448 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Philippe Vigneron

AVIS

Beau, serviable, aimant et travailleur, Andrew avait tout du gendre idéal. Mais les apparences sont parfois trompeuses : derrière l’image du prince charmant se cachait un homme jaloux à l’extrême, possessif, contrôlant, alcoolique et maltraitant aussi bien physiquement que psychologiquement. Il aura fallu l’aide de son frère, beaucoup de courage et un dramatique accident pour que Lindsey puisse s’échapper, avec sa fille, des griffes de son bourreau qui passera dix ans de sa vie en prison…

Mais maintenant qu’Andrew est sorti de prison, cette nouvelle vie qu’elle a su construire avec Sophie, loin de l’influence néfaste de cet ex-mari violent, ne risque-t-elle pas de voler en éclats ? Andrew, ce cher Andrew, qui aimait tellement jouer au chat et à la souris avec elle, lui faisant vivre un enfer permanent, ne va-t-il pas vouloir reprendre ses jeux malsains là où il les avait laissés ? La réponse ne fait aucun doute pour Lindsey qui se sent espionnée et autour de laquelle se passent des choses étranges : une fenêtre ouverte chez une cliente quand elle aurait dû être fermée, des mails lus à son insu, des clés qui changent de place…

Si Lindsey est persuadée qu’Andrew cherche à se venger de son départ qu’il a vécu comme la pire des trahisons, les lecteurs ainsi que Sophie se posent des questions. Cet homme, qui promet avoir changé et qui tente de reprendre une place dans la vie de sa fille unique, est-il vraiment derrière tout ça ou une personne, pour une raison ou une autre, s’amuse-t-elle à terrifier Lindsey ? Tout au long du roman, l’autrice s’amuse à jouer avec nos doutes et nos nerfs nous faisant croire en l’innocence d’Andrew avant de nous rappeler qu’il est bien difficile de renier complètement un tempérament impulsif et violent…

J’ai, pour ma part, adoré le suspense qui se dégage du roman et qui monte crescendo. On doute tout le temps, de tout et de tout le monde ! En plus d’Andrew dont on n’arrive pas à se faire une opinion claire et définitive, on s’interroge aussi sur le petit ami de Lindsey et sur cet amoureux protecteur qui a fait irruption dans la vie de Sophie et qui se comporte de manière parfois bien étrange… Si j’ai fini par anticiper le fin mot de l’histoire, cela ne m’a pas du tout dérangée, bien au contraire. Ainsi, dans le dernier tiers du roman, je ne me suis plus demandé qui, mais plutôt quand et comment : quand Lindsey et sa fille allaient-elles enfin comprendre la vérité et comment allaient-elles arriver à se sortir d’une situation potentiellement mortelle, à condition qu’elles s’en sortent ? Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle tension durant ma lecture ! Aussi fascinée qu’angoissée, j’ai donc assisté au grand final la boule au ventre et les nerfs en pelote…

Cela s’explique, entre autres, par la faculté de l’autrice à nous faire ressentir toutes les émotions de ses personnages comme si elles étaient nôtres. Alors quand le piège se referme sur la mère et sa fille, le lecteur n’a pas d’autre choix que de se sentir accablé et terrifié par le poids de la vérité et de ses conséquences. Je n’en dirai pas plus, mais vous aurez compris qu’en plus d’avoir beaucoup aimé le roman, j’en ai particulièrement apprécié la fin. Un point important pour un thriller dont une fin médiocre ou bâclée peut vite susciter dépit et déception.

Jamais tu ne me quitteras fut donc une lecture addictive, immersive et palpitante d’autant que l’autrice a su mêler habilement présent et passé tout en veillant à alterner les points de vue entre Lindsey et sa fille. Mais ce qui fait la force de ce thriller, ce sont également les différentes problématiques et réflexions soulevées tout au long du récit. On aborde ainsi la question de la maltraitance domestique, qu’elle soit physique et/ou mentale, et la manière dont les victimes se replient sur elles-mêmes par honte ou de peur d’entraîner avec elles leurs proches dans une spirale infernale. Grâce à des flash-back, on découvre ainsi comment Andrew a réussi à manipuler l’entourage de Lindsey et à l’isoler afin de mieux tisser sa toile autour d’elle et de l’enfermer dans une vie de peur, de souffrance et de culpabilité. Après tout, si le parfait Andrew la maltraite, cela ne peut qu’être de sa faute à elle…

L’autrice aborde également la question de la rédemption et du repentir. Un conjoint maltraitant peut-il réellement changer ou ses efforts, si efforts il y a, sont-ils condamnés à échouer ? J’imagine qu’il n’y a pas de réponse universelle, mais cette question va jouer un rôle prépondérant dans l’intrigue et être à la source d’une bonne partie du suspense. À cela s’ajoute une réflexion autour de la parentalité et du rôle qu’un ex-conjoint maltraitant est en droit de revendiquer dans la vie de son enfant.  À cet égard, j’avoue avoir été très partagée quant aux réactions de Sophie, preuve du talent de l’autrice pour rendre son histoire réaliste. Si j’ai compris son envie d’avoir enfin un père, j’ai été assez choquée de la rapidité avec laquelle elle minimise certaines paroles de Lindsey, et la manière dont elle remise dans un coin de sa tête la tentative de meurtre de son père sur sa mère… Heureusement, Lindsey se montre bien plus compréhensive que moi envers sa fille.

Mais rien d’étonnant si l’on considère la force de caractère de cette mère qui a pris tous les risques pour protéger sa fille et qui, malgré tout ce qu’elle a enduré et toutes ses angoisses, fait de son mieux pour lui assurer une vie meilleure autant d’un point de vue matériel qu’émotionnel. J’ai ainsi été touchée par cette femme pugnace, courageuse et aimante que la vie n’a pas gâtée mais qui n’a jamais baissé les bras. Quant à Sophie, on la voit grandir, se détacher progressivement de la relation fusionnelle qu’elle avait avec sa mère pour s’approprier, à sa manière, tout un pan de son passé avant de tracer sa propre voie. Gentille, sans être parfaite, la jeune fille ne devrait pas manquer de vous toucher que ce soit en raison de sa personnalité d’artiste à fleur de peau, de son conflit intérieur vis-à-vis de son père, de l’amour qu’elle porte à sa mère ou de son évolution individuelle. Une évolution qui lui permet de s’imposer dans son couple, la jeune femme apprenant à poser des barrières vis-à-vis d’un petit ami passionné et parfois un peu trop empressé…

En conclusion, dans ce thriller psychologique effroyable de réalisme, l’autrice nous plonge dans l’enfer de la violence physique et de la maltraitance psychologique à travers une mère courage qui a réussi à se reconstruire et à offrir un foyer aimant à sa fille. Mais peut-on vraiment échapper à son passé ? Une question qui reste en suspens tout au long d’une lecture sous tension. Suspense, manipulation, doutes et angoisse au programme d’un roman haletant dont la révélation finale ne manquera pas de vous frapper par son machiavélisme !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions de l’Archipel que je remercie pour l’envoi de ce roman en échange de mon avis.

23 réflexions sur “Jamais tu ne me quitteras, Chevy Stevens

  1. Ah, ça me tente bien !
    « Une mère qui essaye d’échapper à son passé… » j’avoue que l’idée m’accroche ! Même si ce n’est pas comme le Rachel Caine avec la femme du tueur en série qui refait sa vie, il y a le concept de mère qui essaye de tout reconstruire pour protéger ses enfants. Ca me botte, car je sens que les personnages sont très intéressants et développés psychologiquement.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! octobre 2020 | Light & Smell

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