La vallée des Carnutes, Jean-Pierre Deséchalliers

La vallée des Carnutes: Roman historique par [Jean-Pierre Deséchalliers]

Une bête sauvage effraie les paysans tandis des armées comme Donotalos n’en avait jamais vues se rassemblent et marchent sur son pays…

La vie est douce en pays carnute en cette fin du second siècle avant notre ère, au centre de ce qui deviendra un jour la Gaule, le commerce des céréales y enrichit désormais plus que les batailles et les butins. Cette quiétude est brutalement troublée par une série de morts aux circonstances effrayantes. Quel animal est sorti des enfers, et pourquoi ? Le druide Andanatos, autorité judiciaire incontestée, va devoir comprendre et dénouer l’écheveau, tandis que les menaces s’accumulent de toute part sur la Celtique. À l’est, les hordes cimbres et teutonnes s’apprêtent à déferler sur les riches campagnes celtes, tandis qu’au nord, des tribus belges ont retrouvé le chemin des pillages. Le jeune seigneur Donotalos, missionné par les druides, voit dans tous ces évènements l’occasion de sortir de cette paix qui l’ennuie et d’être digne de sa glorieuse lignée. Il y trouvera plus encore.

Ce roman historique nous plonge dans le tourbillon de l’histoire des Carnutes. Laissez-vous emporter par les rebondissements des guerres, les aventures, les mystères et les légendes celtiques

Auto-édition (1 septembre 2019) – 348 pages – Broché (18€) – Ebook (3,99€)

AVIS

Je lis peu de romans historiques, mais quand je vois à quel point j’ai apprécié Je suis fille de rage et ce livre, je me dis qu’il me faudrait y remédier. Dans un style peut-être moins entraînant que celui de Jean-Laurent Del Soccoro, mais tout aussi agréable, Jean-Pierre Deséchalliers nous plonge en plein pays carnute à la fin du second siècle avant notre ère. Connaissant très peu cette période, ce fut un voyage historique aussi passionnant que dépaysant. Quel plaisir, en effet, de faire la connaissance de différents peuples, alliés ou ennemis, et de personnages dont les noms sonnent résolument très gaulois, ce qui donne un petit air Astérix au roman qui m’a bien plu. On y retrouve d’ailleurs quelques éléments qui font le charme de la BD : des druides, des banquets festifs, des bardes (qui chantent juste eux), le plaisir de guerroyer, des sangliers… Mais là où la BD joue sur l’humour, l’auteur joue sur l’action, la peur bien réelle de l’invasion, le réalisme historique et une ambiance celtique teintée de sagesse druidique.

À travers le personnage du druide Andanatos, on se rend ainsi compte de l’importance de cette figure dans la vie publique, familiale et politique. Sage dont la parole est respectée et attendue, il écoute avec attention les conflits, tente de les résoudre de manière juste et équitable sans oublier de répondre avec diligence à toutes les sollicitations qu’on peut lui adresser. J’ai beaucoup apprécié ce personnage plein d’altruisme, de bienveillance et au sens de la justice aigu qui, en plus de sa belle âme, peut compter sur le soutien discret, mais efficace, de sa femme. Loin d’être cantonnée aux tâches domestiques, cette dernière est une composante essentielle dans les succès du druide grâce, entre autres, au relai d’informations inestimable qu’elle constitue pour Andanatos bien conscient de sa chance de l’avoir à ses côtés. Quand lui fait parler les astres, elle fait parler les cœurs et délie les langues. Ce n’est pas la seule femme de caractère dans ce roman, un point qui m’a beaucoup plu puisqu’on y voit des hommes forts et courageux, mais aussi des femmes qui savent tirer leur épingle du jeu et faire vivre leur maisonnée malgré un statut parfois difficile.

J’ai adoré me plonger dans cette société bien plus pacifiée que l’on pourrait le croire, découvrir ses us et coutumes, mais aussi la place donnée à l’art de la guerre, les faits d’armes d’un homme déterminant son rang social et le respect qui lui est dû. Cela fait d’ailleurs peser une certaine pression sur les épaules des descendants des grands guerriers à l’instar du jeune seigneur Donotalos que l’on suit régulièrement durant le roman. Issu de deux grandes lignées, il semble fort pressé de prouver sa valeur sur les champs de bataille comme l’a fait son père avant lui. Un souhait qui sera peut-être plus vite exaucé que prévu, la menace d’une invasion massive, avec sa cohorte de pillages et de destructions, étant bien réelle. Les Carnutes, arriveront-ils à mettre de côté leurs différends pour faire face à la menace et organiser une défense efficace ? Pour le savoir, il vous faudra bien sûr lire le roman, mais je peux d’ores et déjà vous dire que l’auteur arrive à créer un certain climat d’angoisse et d’attente autour de cette délicate question. Il nous offre également d’épiques et sanglantes scènes de combat qui devraient vous prouver la bravoure d’hommes prêts à se sacrifier pour défendre les leurs et leurs terres.

Au-delà de la tension relative à la menace de plus en plus importante d’une invasion de grande ampleur, le roman possède une certaine aura de magie avec des attaques mystérieuses de paysans dont personne n’arrive à véritablement expliquer l’origine ni la nature. Le responsable est-il, comme certains aiment à le penser, un énorme sanglier ou l’explication est-elle plus spirituelle, voire magique ? Je préfère rester vague, mais l’auteur nous propose une réponse non dénuée d’intelligence et de sagesse. Et puis, ces attaques mystérieuses m’ont un peu rappelé la légende de la Bête du Gévaudan, ce qui n’a pas été pour me déplaire. Mais ce que j’ai préféré et qui a vraiment happé mon attention, c’est l’espèce de mini-enquête policière menée par notre druide pour expliquer la mort de deux personnages forts peu sympathiques… Une entreprise plus difficile qu’il n’y paraît, les deux hommes ne manquant pas d’ennemis, et qui aura le mérite de faire remonter certaines choses du passé.

Autre atout non négligeable de ce roman : la plume de l’auteur, fluide et vraiment très immersive. Jean-Pierre Deséchalliers, à travers des descriptions concises, mais précises, arrive à nous donner l’impression de troquer notre modernité pour une période bien plus ancienne où les rapports sociaux sont nombreux, hiérarchisés et étroitement liés à la filiation. Pour ma part, le côté historique bien présent m’a séduite parce que l’auteur ne se contente pas de nous raconter l’Histoire ; il nous raconte une histoire prenant différentes facettes et mettant en lumière une palette variée de personnages. Pour les lecteurs inquiets de se confronter à de nombreux protagonistes, l’auteur a pensé à inclure un glossaire en début d’ouvrage, une attention que je trouve louable même si on s’en détache rapidement pour se laisser simplement bercer par la plume de l’auteur et les combats d’hommes et de femmes que l’on apprend à connaître et à plus ou moins apprécier.

Si certains personnages se révèlent antipathiques et méprisables, la plupart se montrent loyaux, attachants et/ou charismatiques. Je pense notamment au druide, mon personnage préféré, et à sa femme, à un jeune homme qui saura forcer le destin pour construire un avenir à la hauteur de la femme qu’il convoite, à la mère du seigneur Donotalos ainsi qu’à son fidèle écuyer, à un barde qui se veut le garant d’une certaine tradition orale et de la transmission des légendes celtes, et à une intrigante joueuse de cithare. Cette musicienne de talent et cavalière émérite saura ensorceler, de sa douce voix et de sa flamboyante personnalité, Donotalos qui se révèle être, lui-même, un homme aussi bon guerrier que seigneur juste et apprécié. Bien que cela soit très léger, il flotte donc un petit air d’amour sur ce roman venant ainsi contrebalancer avec subtilité la violence de certains combats et la noirceur de certaines âmes un peu trop tentées par l’argent et le prestige…

En résumé, La vallée Des Carnutes est un roman passionnant qui se déroule dans un contexte historique que l’on ne rencontre guère en littérature, mais dont l’auteur a su exploiter toute la puissance et l’aura de mystère et de légende qui l’entoure. Immersive, rythmée, non dénuée de suspense et centrée autour d’enjeux militaires, sociétaux et humains, voici une lecture agréable qui plaira autant aux amateurs de romans historiques qu’aux lecteurs d’épopées humaines et guerrières.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé, via Simplement pro, son roman en échange de mon avis.

14 réflexions sur “La vallée des Carnutes, Jean-Pierre Deséchalliers

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