L’art du meurtre, Chrystel Duchamp

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’art du meurtre de Chrystel Duchamp. L’idée de découvrir une autrice locale a joué dans mon envie de me plonger dans ce thriller…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !
Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.
Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.
Pour le lieutenant Audrey Durand, cette enquête dans le monde de l’art contemporain sera-t-elle l’occasion de faire taire ses démons, ou se transformera-t-elle en une plongée hypnotique aux confins de la folie ?

L’Archipel (16 janvier 2020) – 272 pages – Broché (19€) – Ebook (13,99€)

AVIS

Si j’apprécie les thrillers, l’art est un domaine qui m’est relativement inconnu et, a fortiori, l’art contemporain. Or, c’est bien dans ce domaine que l’autrice nous transporte à travers des crimes particulièrement sordides mis en scène avec un certain talent et beaucoup de symbolisme ! Loin d’être l’œuvre d’un fou, ces scènes de meurtre témoignent ainsi de la volonté d’un artiste/meurtrier d’utiliser le corps de ses victimes pour s’exprimer, dénoncer et faire passer un message. Une démarche extrême soutenue par des techniques artistiques réelles, parfois borderlines, qui permettent de transcender les conventions, la morale et le temps.

Que l’on comprenne et/ou que l’on adhère ou non à cet art corporel extrême qui conduit à s’automutiler, et dans notre enquête, à mettre en scène des meurtres, le roman n’en demeure pas moins terriblement efficace pour vous pousser à vous interroger sur votre propre rapport à l’art et à la définition que l’on peut donner à ce mot. Chrystel Duchamp évoque ainsi l’art, mais aussi la nécessité de se couper de ses préjugés pour tenter d’aller à la rencontre d’un artiste, de sa vie, de sa démarche et des messages qu’il essaie de faire passer…

Ce qui fait la force et l’originalité de ce thriller est donc de réunir deux milieux en apparence très différents : celui du crime et celui plus feutré de l’art, des galeries et des salles d’enchère. Glamour et argent contre violence et quotidien… Deux mondes qui se télescopent, que ce soit en raison de la nature inédite des crimes commis ou du parcours atypique du lieutenant Audrey Durand, cette dernière ayant effectué des études d’art au Louvre avant de choisir d’intégrer les forces de l’ordre. Une passion pour l’art qui ne l’a jamais quittée et qui lui sera fort utile pour tenter d’élucider les crimes spectaculaires et particuliers qui lui tombent sur les bras. 

Son flair lui souffle d’enquêter dans le milieu de l’art contemporain quand sa supérieure l’oriente vers d’autres pistes autant par conviction que par aveuglement maternel. Mais Audrey a de la suite dans les idées et n’hésitera pas à mettre sa santé et sa carrière en jeu pour identifier la ou les personnes responsables de ces crimes habilement mis en scène. Elle pourra heureusement compter sur l’aide de ses collègues et d’un autre amateur d’art loin de la laisser indifférente… L’enquête est rythmée et plutôt immersive, l’autrice insufflant la dose de détails et de suspense nécessaire pour vous pousser à tourner les pages avec avidité, et une certaine angoisse à l’idée de découvrir d’autres crimes tout aussi effroyablement artistiques.

La personnalité haute en couleur d’Audrey, digne de celle d’une artiste, et ses relations avec autrui ajoutent pas mal de sel au récit. À fleur de peau, entière, torturée et fragile psychologiquement, Audrey fait partie de ces personnes qui émeuvent autant qu’elles agacent. Parfois excessive et déstabilisante dans ses réactions, elle n’en demeure pas moins passionnante par sa capacité à utiliser ses connaissances et sa passion de l’art pour tenter d’élucider son enquête, quitte à brusquer ses proches. J’ai, en outre, apprécié sa relation avec sa supérieure qui joue autant le rôle d’amie que de mère, et son rapprochement avec Joël, un homme dont on ne pourra que louer la patience… Alternant entre force et sensibilité, Audrey est un bulldozer que vous devriez prendre plaisir à suivre dans le chaos de sa vie privée et professionnelle. 

Quant à l’écriture, elle est percutante, vive et incisive à l’image d’un tueur implacable qui vous donnera des sueurs froides. Pas d’effets de style ou de manche inutiles, mais une efficacité dans la narration qui rend la lecture rapide et haletante. Aucune place à l’ennui donc d’autant que le mystère entourant ces meurtres semble s’épaissir jusqu’à ce que la vérité finisse par éclater. Une vérité que je n’avais pas anticipée, mais qui vient conclure, avec une certaine logique, une histoire dans laquelle mort, art et vie sont intrinsèquement liés. Quant à la révélation finale, elle a su autant me surprendre que me convaincre. La boucle est bouclée !

En conclusion, L’art du meurtre est un thriller efficace dont la particularité est d’avoir su lier avec brio monde de l’art et crimes, expressivité et horreur, tout en plongeant le lecteur dans une réelle introspection quant à sa vision de l’art. Qu’est-ce qui fait art, jusqu’où peut-on aller en son nom et le corps peut-il vraiment être un outil artistique comme les autres ? Quelques-unes des nombreuses questions qui devraient vous pousser dans vos retranchements à mesure qu’un monde de l’extrême s’ouvre à vous… L’art du meurtre ou quand le meurtre devient art !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

16 réflexions sur “L’art du meurtre, Chrystel Duchamp

    • Je comprends 🙂 Mais même moi qui n’y connais rien, j’ai pu suivre l’intrigue sans problème. Audrey est une passionnée (je suppose d’ailleurs que l’autrice également) et elle arrive donc à rendre ses connaissances accessibles et intéressantes…

      J'aime

  1. Il est vrai que le tandem féminin est rare en polar/thriller. C’est un élément qui pèse un certain poids dans la balance. Je ne suis pas très fan d’art, mais si c’est bien mis en avant en littérature et abordable comme cela est apparemment le cas ici, cela ne me déplait pas. L’idée est aussi originale qu’audacieuse.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Le sang des Belasko, Chrystel Duchamp | Light & Smell

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