Jack l’éventreur n’est pas un homme, Pascale Leconte

Je remercie Pascale Leconte de m’avoir proposé de découvrir son roman, Jack l’éventreur n’est pas un homme.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si Jack l’Éventreur était une femme ? Voici la vie de Florence Maybrick, à partir de ses dix-huit ans lorsqu’elle rencontre son futur mari anglais, alors qu’elle est américaine. Comment cette « étrangère » fut-elle poussée dans ses derniers retranchements ? Une enfance instable, une mère castratrice aux mœurs légères, un mari volage ainsi que l’époque victorienne et puritaine sont autant d’explications nous guidant sur le chemin de la réponse. Florence est-elle l’auteur du « Journal de Jack l’éventreur » ? Mêlant biographie et faits réels, ce roman pourrait-il être la clé ? Florence était-elle une perverse narcissique capable d’éliminer ses rivales sans le moindre remord ? Aaron Kosminski a tué l’une des victimes présumées de Jack, et Florence, elle, a tué les autres.

Auto-édition – 330 pages – Broché (10€) – Ebook (0,99€) – Emprunt Kindle

AVIS

Tout le monde connaît les atroces crimes commis par Jack l’Éventreur (Jack The Ripper) dans le quartier malfamé de Whitechapel à Londres en 1888. Des crimes qui ont depuis enflammé l’imaginaire collectif et inspiré de nombreuses œuvres… Sans être une ripperologue aguerrie, je me suis plongée avec curiosité dans cet ouvrage dont la grande force est de nous proposer une théorie originale sur l’identité du célèbre tueur de Whitechapel. Et si toutes les pistes étaient fausses pour la simple et bonne raison que Jack l’Éventreur n’était pas un homme, mais une femme ?

Afin de comprendre ce qui a bien pu pousser une femme à commettre de telles atrocités, les lecteurs sont plongés dans le passé et dans la vie de Florence, une jeune Américaine qui va épouser un gentleman anglais. Le début d’une nouvelle vie pour la belle Américaine, et des ennuis pour lui… C’est que Florence est loin d’être l’épouse attentionnée et aimante qu’espérait James, plus âgé et diablement amoureux. Entre ses caprices, ses dépenses, et la distance qu’elle instaure avec son mari puis avec ses enfants, Florence se révèle tout simplement odieuse !

Difficile d’apprécier une femme aussi égoïste et égocentrique qui ne pense qu’à son bon plaisir. Elle n’en demeure pas moins fascinante par sa force de caractère, son impression sincère d’être dans son bon droit et ses velléités d’indépendance puisqu’elle refuse de se laisser enfermer dans un rôle de mère qu’elle n’a jamais souhaité. Dommage que ce refus, tout à fait compréhensible, soit tel que Florence ne prend pas le temps de s’occuper de ses enfants qui n’y sont pour rien…

Devant l’échec de leur mariage, Florence et James vont, chacun de leur côté, assouvir leur passion dans les bras d’autres personnes. Mais si James accepte l’infidélité chronique de sa ravissante femme sans faire d’esclandre, Florence va se montrer bien plus retorse face aux incartades de son mari qu’elle considère comme un affront intolérable. De fil en aiguille, le lecteur assiste impuissant et étrangement fasciné aux actes de Florence qui se conduit de manière de plus en plus inquiétante jusqu’à sombrer doucement et irrémédiablement dans l’horreur et la folie…

Ses envies de meurtres, de sang et de vengeance quittent alors la douce chaleur de sa maison pour semer chaos et terreur dans le quartier de Whitechapel à Londres. Vous aurez donc compris qu’avec ce roman, l’autrice ne nous propose ni plus ni moins que d’assister à la naissance d’un monstre, Jack l’Éventreur alias Florence Maybrick, une femme instable, psychotique et manipulatrice. Alternant entre scènes d’intérieur où Florence manipule et réfléchit à la manière d’assouvir ses envies d’hémoglobine et scènes où elle passe à l’acte, l’autrice insuffle un climat de tension et d’angoisse qui prend à la gorge. Une tension qui croît à mesure que Florence, de plus en plus grisée par ses « exploits », tend à jouer à un jeu dangereux avec les forces de l’ordre essayant de les mettre sur la piste de Jack l’Éventreur, ou du moins, sur celle de la personne qu’elle aimerait accuser de ses propres crimes.

Florence est détestable, sanguinaire et froide, mais c’est l’atout de ce roman, l’autrice ayant réalisé un formidable travail sur sa psychologie. De fil en aiguille, on entre dans sa tête, on découvre ses traumatismes du passé et on suit ses raisonnements complètement tordus… Impossible de lâcher le roman avant de découvrir jusqu’où sa folie va l’entraîner et si malgré son machiavélisme, elle va finir par faire un faux pas.  Il faut dire que tout le monde n’est pas aveugle face au comportement étrange de cette jeune femme, et que des doutes commencent à s’élever autour d’elle. La situation va d’ailleurs prendre une tournure inattendue…

La fin a su me convaincre puisque je l’ai trouvée à l’image d’une femme manipulatrice qui a su construire autour d’elle un monde de fantasmes, de folie, d’horreur et de sang. J’ai, en outre, apprécié que l’autrice nous montre ici que contrairement à ce que certaines personnes aiment à croire, le sexe faible n’est faible que dans leur imagination, et qu’une femme est tout aussi capable de commettre l’indicible qu’un homme…

Si j’avais émis des réserves sur le précédent livre de l’autrice chroniqué sur le blog, je n’en ai eu aucune sur ce roman qui m’a captivée de la première à la dernière ligne. Même les descriptions de scènes de crime qui ne sont pas, en général, ce que j’apprécie le plus dans un livre m’ont ici intéressée. Il faut dire qu’elles sont indissociables de la personnalité fascinante de notre héroïne qui, en plus de faire une originale, mais crédible version de Jack L’Éventreur, revêt aussi les habits d’un docteur Jekyll et d’un M. Hyde au féminin. Femme de la haute société belle et fragile le jour, meurtrière du peuple et vengeresse la nuit… Une double casquette qu’elle manie à la perfection faisant d’elle une femme aussi impitoyable que redoutable !

De la même manière, il est intéressant de voir la facilité avec laquelle Florence se berce d’illusions estimant que ses odieux crimes sont également un moyen pour elle de dénoncer la crasse et la pauvreté de certains quartiers de Londres laissés aux mains de la vermine. C’est qu’on finirait par lui donner une médaille… Dans tous les cas, j’ai apprécié que l’autrice utilise une femme qui a réellement existé et qui, à son époque, a été au centre d’une retentissante affaire criminelle, pour étayer son roman. Le mélange biographie, fiction et réalité historique fonctionne à merveille et apporte cette petite touche d’authenticité qui rend le récit glaçant et effroyable !

En plus d’une écriture fluide, immersive et assez descriptive pour nous faire saisir toute l’horreur des crimes de Florence, l’autrice nous offre quelques clins d’œil savoureux notamment à des figures emblématiques comme Sherlock Holmes ou le spécialiste français des tueurs en série…

En conclusion, Pascale Leconte a su agréablement me surprendre par un texte immersif,  bien construit et réaliste qui offre une hypothèse originale sur la réelle identité de Jack l’Éventreur. En jouant à merveille sur la mince frontière entre vengeance, décadence et folie, elle arrive à créer un climat où l’angoisse monte crescendo jusqu’à ce que les lecteurs brûlent d’impatience de découvrir si quelqu’un arrivera à se mettre sur la route d’une femme manipulatrice dont l’esprit dérangé vous saisira d’effroi. Basé sur des faits réels, Jack l’Éventreur n’est pas un homme est un roman qui saura vous tenir en haleine et vous pousser dans vos retranchements.

Retrouvez le roman sur le site de l’autrice ou sur Amazon.

14 réflexions sur “Jack l’éventreur n’est pas un homme, Pascale Leconte

  1. Pingback: Narcisse versus Lollaloca, Pascale Leconte | Light & Smell

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