Les chroniques de la Cité – tome 1 : La Vallée, Magali Guyot

Chroniques de la cité 1 "La vallée"

Je remercie Magali Guyot pour m’avoir permis de découvrir le premier tome des chroniques de la Cité publié par les éditions Htag devenues Faralonn éditions.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Bien longtemps après qu’une guerre sale ait décimé une bonne partie des humains et ravagé les territoires, une Cité s’est reconstruite, poussant à l’extrême les précautions de survie, de sécurité et pérennité de la race. Un groupe se sentant étouffé par les restrictions et technologies toujours plus envahissantes finit par se détacher et créer une nouvelle communauté au sein de la Vallée. Au détour d’une expédition en dehors de leur Cité d’origine, Samuel, adolescent rêveur, créateur de robots, et Yannis, son meilleur ami à l’ambition exacerbée vont faire la rencontre d’une jeune Vallérienne. Au fur et à mesure des années, les choix des deux hommes aux tempéraments opposés vont les faire devenir, sans le vouloir, les pièces maitresses d’un jeu politique entraînant la guerre qu’ils voulaient tant éviter.

FARALONN éditions (7 mars 2019) – 220 pages – Broché (14,50€)

AVIS

Avant de parler du roman en lui-même, je voulais évoquer brièvement la police d’écriture et la légère coloration des pages qui rendent l’expérience de lecture des plus agréables notamment quand on a une très mauvaise vue comme moi.

Le monde tel que nous le connaissons a plus ou moins été rayé de la carte par la folie humaine et quelques bombes sales. L’humanité a donc frôlé l’extinction avant de renaître de ses cendres. Au fil des années, une communauté s’est installée et développée au sein de la Cité, un endroit protégé de la contamination extérieure. Si ses habitants ont connu d’intéressants progrès technologiques avec une utilisation importante de la robotique, les libertés ont, quant à elles, été quelque peu étouffées, voire bafouées, par de nombreuses règles liberticides destinées à préserver l’humanité. Désirant retrouver une vie plus simple hors du contrôle des autorités, des individus ont néanmoins préféré renoncer à leur confort de vie et à la technologue pour s’installer hors de la cité, au sein de La Vallée…

Une décision qui ne sera pas sans conséquence sur le long terme, les accords entre les deux populations n’empêchant pas les tensions de croître au fil des ans, a fortiori quand des personnes œuvrent dans l’ombre pour s’accaparer les terres et les ressources des Vallériens. Dans ce roman, il est question de politique, de gouvernance et de jeux de pouvoir, des thèmes que j’apprécie quand ils sont, comme ici, traités avec beaucoup de dynamisme et d’intelligence. Alors que la situation entre les personnes de la Cité et celles de La Vallée s’envenime, on comprend assez vite que les tensions ne sont pas inhérentes aux habitants, mais bien le fruit de tractations secrètes motivées uniquement par l’appât du gain et la soif de pouvoir. Il est ainsi cruel de voir à quel point des personnes peuvent être sous le joug de politiciens n’agissant que dans leurs propres intérêts !

Heureusement, tout le monde n’est pas dupe et ne se laisse pas aussi facilement manipuler… Certaines personnes comme Samuel vont ainsi travailler d’arrache-pied pour pacifier les relations avec les Vallériens et tenter de préserver le cadre de vie de cette population, ses traditions et son envie de rester éloignée de règles toujours plus lourdes et parfois choquantes. Il est ainsi interdit au sein de La Cité de procréer de manière naturelle, tous les enfants devant être créés en laboratoire. Officiellement, pour éviter la transmission de tares génétiques, mais dans les faits, c’est avant tout pour s’assurer de n’avoir que des enfants parfaits élaborés en fonction de critères précis. Une politique d’eugénisme qui n’en porte pas le nom, mais qui en a toutes les apparences…

Le progrès technologique est donc une arme à double tranchant dans cet univers où il est utilisé autant pour assurer la survie de l’espèce humaine que pour contrôler les individus. Un point qui ne dérange guère Yannis, le meilleur ami de Samuel. Mû par une ambition démesurée résultant de son éducation stricte par un père obsédé par le pouvoir, ce personnage n’attire pas vraiment la sympathie. Il est d’ailleurs déroutant de considérer les liens l’unissant à Samuel, un homme bon, volontaire, pacifiste et profondément humain, tout ce que n’est pas et ne sera probablement jamais Yannis.

Le tour de force de l’autrice est d’avoir su alterner passé et présent pour nous permettre de comprendre comment ces deux êtres si différents ont pu nouer des liens profonds et étroits. Mais au fur et à mesure de la lecture et des événements, on ne peut toutefois que se poser des questions sur la pérennité de cette étrange amitié, les rêves des deux adolescents, devenus hommes, se fracassant avec force contre la réalité et leurs responsabilités respectives. Y a-t-il encore une place pour Samuel l’utopiste, marié à une Vallérienne, dans la vie de Yannis ? Et y a-t-il encore une place pour Yannis, l’ambitieux prêt à tout pour atteindre ses objectifs, dans la vie de Samuel ?

Des questions dont je vous laisserai découvrir les réponses, mais je peux néanmoins vous dire que l’autrice ne tombe pas dans la facilité, et m’a même plusieurs fois étonnée, ce qui est toujours appréciable… En plus des deux amis, la galerie de personnages secondaires est variée et plutôt bien pensée pour vous faire passer par de multiples émotions. Certains personnages m’ont ainsi inspiré un profond dégoût quand d’autres m’ont impressionnée comme Alaric, le tuteur de Samuel, ou la femme de ce dernier. Forte, déterminée et courageuse, elle a sacrifié beaucoup pour être auprès de son mari, mais n’en demeure pas moins une femme de conviction qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Un bon exemple de la force de caractère des Vallériens, une communauté que j’aurais apprécié de découvrir un peu plus en détail, mais cela est peut-être prévu dans le tome suivant…

L’amitié entre Samuel et Yannis et l’ambiguïté qu’elle dégage est intéressante tout comme la complicité et l’amour unissant Samuel et sa femme, mais je dois avouer avoir aussi été très touchée par la relation entre Samuel et son robot, Fento, qu’il a construit lui-même. Fento accompagne son créateur partout et a, au fil du temps, développé sa propre personnalité, ce qui donne des propos parfois surréalistes, parfois assez drôles. Une logique robotique teintée d’émotions humaines qui rend ce robot très très attachant, voire très touchant, notamment dans sa volonté de protéger sa « famille ». Le cœur du roman n’est pas là, mais avec un tel protagoniste, la question des intelligences artificielles et de leur degré d’humanité se pose surtout si l’on met en parallèle l’humanité de Fento face aux atrocités commises par des êtres qui se comportent plus en robots froids et calculateurs qu’en êtres de chair et de sang…

En conclusion, Magali Guyot nous propose ici un roman prenant qui se concentre avant tout sur les relations humaines qu’elles soient entre deux amis que tout oppose ou deux communautés qui se regardent en chiens de faïence. Non dénué de réflexions pertinentes notamment sur l’amitié, les différences, la tolérance, la science et la morale, ce roman offre également un voyage immersif dans les arcanes du pouvoir où, comme vous le verrez, tous les coups sont permis !

Retrouvez le roman sur le site de Faralon éditions.

9 réflexions sur “Les chroniques de la Cité – tome 1 : La Vallée, Magali Guyot

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