Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Je remercie Babelio et les éditions Buchet Chastel pour m’avoir permis de découvrir Le temps des orphelins de Laurent Sagalovitsch.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.

Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

BUCHET CHASTEL (15 août 2019) – 224 pages – Broché (16€) – Ebook (10,99€)

AVIS

La guerre requiert des sacrifices, et ce n’est pas Ethel qui souffre de l’absence de son mari qui vous dira le contraire ni même ce dernier qui a décidé, alors que rien ne l’y obligeait, de participer à l’effort de guerre.

1945. Après une formation militaire, Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, est donc envoyé en Europe où il découvrira l’impensable, l’innommable, cette réalité historique qu’il reste, plus de soixante-dix ans après, difficile de décrire sans ressentir une vague d’émotions et de dégoût. D’Ohrdruf à Buchenwald, l’épreuve est difficile et la progression en ces lieux maudits intenable : il y a d’abord cette odeur qui prend aux tripes des kilomètres au loin, les morts qui s’empilent, les visages et corps décharnés des vivants qui semblent pourtant partis à tout jamais, la maladie, les fours crématoires…

Malgré l’envie de renoncer et de partir loin de toute cette horreur difficile à endurer, Daniel résiste et fait de son mieux pour apporter un peu de réconfort aux survivants. Mais à la place de ses prières, là où il passe, c’est l’envie de retrouver les êtres perdus qui prédomine… À mesure qu’il récolte les témoignages, Daniel délaisse sa fonction de rabbin pour se recentrer sur l’homme en lui, un homme plein de compassion qui tente, tant bien que mal, de trouver sa place parmi cette cohue désœuvrée. Car si les prisonniers ont retrouvé leur liberté de corps, celle de l’esprit semble bien profondément entravée…

Comment des hommes ont pu se laisser aller à tant de cruauté ? C’est en parcourant les murs hantés du sang de son peuple, même si la folie de Hitler a touché bien d’autres personnes, que Daniel se pose la question. Surgit également du fond de ses entrailles, cette autre interrogation, celle qui fait vaciller sa vie et ses certitudes : comment continuer à porter en soi l’amour d’un Dieu qui a laissé couler tout ce sang ? Daniel, qui a embrassé la profession de rabbin, plus pour faire plaisir à son père que par conviction, questionne donc cette foi dans laquelle il n’arrive plus à trouver le réconfort et les réponses qui lui permettraient d’avancer.

Daniel trouvera néanmoins la force de ne pas s’effondrer grâce à un petit garçon esseulé qu’il va prendre sous son aile. Incarnation de l’innocence bafouée, mais aussi symbole d’espoir et d’un possible avenir, cet enfant, qui préfère les regards aux paroles, sera la bouée de sauvetage du rabbin qui fera alors de son mieux pour retrouver ses parents. Espoir fou et vain ou non, peu importe, puisqu’on retiendra le symbolisme plus que le résultat derrière la quête du rabbin.

La plongée de ce dernier dans la folie humaine et les conséquences infâmes d’une idéologie nazie à vomir est entrecoupée des lettres de sa femme, Ethel. Elle y parle de cet immense amour qu’elle lui porte, du manque de l’autre, d’espoir, d’envie de fonder une famille, de ce quotidien qui, loin du front, reprend ses droits… Ces lettres pleines de tendresse et de positivité, qui apportent un peu d’air frais à une atmosphère mortifère, témoignent néanmoins du fossé qui se creuse entre ceux qui ont subi des atrocités ou qui connaissent leur existence, et les autres. Ethel est un personnage que l’on côtoie peu, mais qui m’a touchée par sa bravoure et son abnégation, cette dernière ayant, par amour et respect pour son mari, consenti à un grand sacrifice.

L’auteur immerge complètement les lecteurs dans l’enfer des camps de concentration, mais il arrive à le faire sans que l’on se sente étranglé par l’émotion. On se sent, bien sûr, incrédule puis en colère et dégoûté devant les épreuves inhumaines subies par des personnes dont le seul tort fut d’exister, mais on arrive à passer outre cette douleur pour avancer aux côtés de Daniel sans jamais détourner les yeux. Un point essentiel si l’on se rappelle toutes ces âmes qui ont péri dans l’indifférence ou, du moins, dans un déni bien pratique pour les consciences… À cet égard, j’ai trouvé la fin particulièrement sobre, mais puissante.

En conclusion, grâce à une plume puissante, vibrante de réalisme et non dénuée de cette délicatesse qui permet de mettre des mots derrière des drames sans jamais franchir la ligne de l’indécence et du sensationnalisme, l’auteur nous fait revivre un épisode noir de l’histoire mondiale que tout un chacun se doit de se rappeler pour que, plus jamais, une telle ignominie ne se reproduise. Fort, puissant et douloureux, plus qu’un livre, un devoir de mémoire !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne.

 

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3 réflexions sur “Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

  1. Oui. Un devoir de mémoire. Pour qui est croyant, on peut aisément comprendre que cette croyance peut être rudement ébranlée et mise à mal. Horrifiant, innomable, aucun mot ne sied à cet épisode de l’Histoire de l’humanité…

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  2. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! Août 2019 | Light & Smell

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