L’affaire Birdie Barclay – Une enquête d’Arrowood, Mick Finlay

Je remercie les éditions HarperCollins de m’avoir permis de découvrir L’affaire Birdie Barclay de Mick Finlay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1896 : Sherlock Holmes fait une fois de plus les gros titres, et résout des affaires pour la crème de la crème de la société londonienne. Mais dans les quartiers mal famés de la ville, loin du confort de Baker Street, le détective privé William Arrowood doit faire face à des cas tout aussi difficiles et beaucoup moins bien rémunérés. Arrowood ne porte pas Sherlock Holmes dans son cœur, et revendique une méthode de travail radicalement différente.
Aussi, lorsque M. et Mme Barclay font appel à lui et son assistant Norman Barnett pour retrouver leur fille Birdie, déficiente mentale, Arrowood est persuadé qu’il ne mettra pas longtemps avant de mener à bien son enquête. Mais les choses se compliquent lorsque leurs recherches se transforment en enquête pour meurtre, alors qu’un de leurs témoins est retrouvé assassiné…

HarperCollins (9 mai 2019) – 420 pages – Poche (7,90€)

AVIS

Il semblerait qu’Arrowood n’ait pas vraiment de chance avec ses clients. Après la jeune Française dans le tome 1, c’est maintenant un couple inquiet pour sa fille déficiente mentale qui l’engage sans pourtant se montrer tout à fait honnête avec lui. Mais qu’à cela ne tienne, Arrowood a déjà fait preuve, par le passé, d’une certaine capacité à déterrer la vérité…

Reprenant le même schéma narratif que dans le premier tome, l’auteur fait traverser Arrowood et Barnett par une série d’épreuves autant physiques qu’intellectuelles. Ils vont ainsi devoir donner de leur personne pour accéder à la vérité, celle-ci semblant enterrée sous une grosse couche de mensonges. Qui croire alors : les Barclay qui certifient que leur fille est retenue contre son gré et que son mari, un fermier souffrant également d’un certain retard intellectuel, l’empêche de les voir ou la famille Ockwell qui explique ne faire que respecter le choix de Birdie de rester éloignée de ses parents qui ne l’ont jamais bien traitée ?

À moins que, comme son enquête le laisse supposer, la vérité tienne un peu des deux… Ce qui est certain, c’est que Birdie n’est pas heureuse dans cette famille de fermiers ayant vécu différents revers de fortune. Malheureusement, l’omertà étant de mise dans le village où se situe la ferme des Ockwell, notre détective éprouve quelques difficultés à obtenir des témoignages et des réponses à ses questions. Mais entre menaces et agressions, il semble de plus en plus urgent de faire toute la lumière sur cette enquête d’autant qu’elle se complexifie avec la disparition inquiétante de la seule personne ayant accepté de parler à Arrowood… 

Bien que nous quittions les bas-fonds de Londres, l’auteur nous plonge de nouveau dans un univers sombre où la saleté du corps rejoint celle de l’esprit. Car cette enquête évoque un sujet complexe qui m’a révoltée: la condition des personnes avec des troubles de l’apprentissage et/ou des troubles mentaux. Des « imbéciles » et des « idiots » en d’autres termes si l’on s’en tient au vocable en cours en cette fin d’époque victorienne.

La psychiatrie actuelle n’est pas exempte de défauts, mais celle de l’époque est emplie de préjugés, parfois raciaux, d’inepties et de violence, ce qui ne devrait pas manquer de vous faire réagir. Et que penser de la manière dont sont traitées les personnes souffrant de problèmes mentaux ou de retard intellectuel par la société, les employeurs ou pire, leur propre famille. Je ne peux pas développer ce sujet sans vous ôter une bonne partie de l’intérêt de l’enquête, mais je peux vous dire que certaines actions m’ont vraiment mise en colère surtout quand l’on sait qu’elles sont plus que crédibles… L’Homme est capable d’une telle cruauté pour des motifs tellement terre à terre qu’on en vient à se demander s’il peut vraiment se considérer comme un « animal évolué ».

En parlant d’actions qui m’ont chagrinée, je pourrais sans aucun problème ajouter celles d’Arrowood. Dans le premier tome, il m’avait déjà semblé parfois borderline, mais ici, il a carrément franchi la frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Je pense notamment à une scène qui m’a laissée sans voix devant sa violence. Même en gardant à l’esprit qu’Arrowood a agi de la sorte dans l’optique de sauver une personne des griffes de son bourreau, je ne peux pas approuver son comportement tout comme je ne peux approuver son égoïsme.

Arrowood est la tête pensante, et à ce titre, il se permet clairement d’envoyer son fidèle Barnett au casse-pipe à sa place sans aucun scrupule tout comme il n’hésite pas à employer le jeune Neddy pour des missions dangereuses.. Si on ajoute à cela, sa tendance à foncer tête baissée sans se soucier des répercussions, bien souvent tragiques, pour les autres, le détective m’a régulièrement déplu, voire fortement exaspérée… C’est peut-être la raison pour laquelle même ses célèbres diatribes contre Sherlock Holmes qui m’avaient tellement plu dans le premier tome m’ont laissée indifférente ou presque.

En revanche, j’ai apprécié l’évolution d’Ettie, la sœur du détective, qui s’affirme de plus en plus. Elle aime ainsi rappeler à son frère qu’avant de vivre avec lui, elle a elle-même, en tant qu’infirmière en Afghanistan, connu des situations difficiles, de celles qui vous changent à jamais. Voici donc une femme forte qui, entre deux actions pour sauver des femmes démunies ou malmenées par la vie, n’hésite pas à s’impliquer dans l’enquête de son frère quitte à se jeter dans la gueule du loup.

Quant à Barnett, s’il commence à accepter la terrible épreuve qu’il a dû affronter dans le premier tome s’ouvrant enfin à ses amis, on sent de plus en plus chez lui une certaine violence. Une force plus brute et bestiale que celle d’Arrowood qui donne parfois le sentiment qu’un débordement de plus de son patron pourrait le faire exploser et le pousser à retrouver certains réflexes d’antan. C’est, dans tous les cas, un personnage complexe que j’ai, de nouveau, pris grand plaisir à suivre appréciant la manière dont il nous narre les situations toujours périlleuses dans lesquelles son patron les embarque. La seule chose dont je lui saurais gré serait de nous épargner certains détails comme les pets d’Arrowood… Les mentionner ou deux fois permet aux lecteurs de se rendre compte de la grossièreté du personnage, mais à la longue, ça finir par lasser, voire irriter.

En conclusion, avec en toile de fond, le traitement abject des personnes souffrant de troubles mentaux et/ou intellectuels en cette fin d’époque victorienne, Mick Finlay nous offre de nouveau une enquête prenante, immersive et diablement bien menée dans une Angleterre loin d’être exemplaire dans le fonctionnement de ses institutions et dans la morale de ses citoyens. L’affaire Birdie Barclay est donc un honnête deuxième tome qui souffre néanmoins de l’antipathie, plus ou moins exacerbée, que l’un de ses protagonistes provoque chez le lecteur. Un point qui ne m’a pas permis d’apprécier autant ce tome que le premier, mais qui ne gênera pas tout le monde, question de sensibilité…

NB : il s’agit d’un tome 2 qui peut se lire indépendamment du premier tome, les deux enquêtes n’étant pas liées. Mais afin d’avoir une image précise de l’évolution des relations entre les personnages, je ne peux que vous conseiller de commencer par le tome 1 d’autant que ce dernier m’a semblé meilleur…

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

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12 réflexions sur “L’affaire Birdie Barclay – Une enquête d’Arrowood, Mick Finlay

    • Je t’avoue que dans ce deuxième tome, Arrowood m’a donné des envies de meurtre, mais ce qui sauve, c’est que la narration est réalisée à partir du point de vue de son assistant qui lui est beaucoup plus avenant même s’il a sa part d’ombre (ce qui le rend intéressant d’ailleurs, il n’est pas lisse).

      Aimé par 1 personne

  1. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! Août 2019 | Light & Smell

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