Les morts ne pleurent pas : L’assassin aux perles, Eve Ruby Lenn

Les morts ne pleurent pas: L’assassin aux perles par [Lenn, Eve Ruby]

Je remercie Eve Ruby Lenn de m’avoir permis de découvrir son roman, Les morts ne pleurent pas – L’assassin aux perles.

PRÉSENTATION AUTEURE

Londres, décembre 1843. Le corps d’une deuxième femme vient d’être découvert. Sans doute l’œuvre du tueur que la presse a surnommé « l’assassin aux perles ». Faute de résultats, le détective Harry Davis se voit contraint de céder sa place à Dorian Griffiths, un jeune inspecteur de la police métropolitaine. Ambitieux, il compte bien résoudre rapidement cette affaire. Mais c’est sans compter la perversité et le génie du meurtrier qui ne laisse aucune trace. Scotland Yard se retrouve dans l’impasse, alors que les crimes se poursuivent. Pour faire avancer cette enquête complexe, Griffiths en appelle au Dr Johnstone, un expert médico-légal confirmé qui dirige une entreprise de pompes funèbres.

Trinity Johnstone, sa fille, a en charge la toilette mortuaire, l’embaumement et l’organisation des cérémonies funéraires. Sa vie semble parfaitement réglée. Si ce n’est qu’elle est agoraphobe. Son quotidien, lugubre et pesant, est pourtant très confortable comparé à ce qu’elle a vécu, il y a plus de treize ans. Et en effet, derrière la façade d’une femme séduisante, intelligente et appliquée, se cache, en réalité, une âme complètement meurtrie.Depuis de longues années, elle embrasse le doux rêve d’affronter le monde extérieur. Mais, en vain. À chaque tentative, ses espoirs s’amenuisent, jusqu’au jour où… l’inspecteur Dorian Griffiths entre dans sa vie. Malgré des tempéraments a priori incompatibles, ils sont, au fil de leurs rencontres, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre.

Librinova (12 avril 2019) – 239 pages – Broché (13,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture et le résumé de ce roman que j’ai pris un grand plaisir à parcourir même s’il n’est pas exempt de petits défauts comme un certain manque de profondeur donnant l’impression que tout arrive un peu trop vite. L’autrice a néanmoins réussi, en moins de 250 pages, à construire une histoire policière et humaine qui tient la route et qui, surtout, happe l’attention des lecteurs de la première à la dernière page. 

Milieu du XIXe siècle, Londres est frappée par une série de crimes particulièrement abjects, un tueur massacrant ses victimes avant de déposer sur leur corps des perles. Un objet de toute beauté un peu incongru quand l’on considère l’état dans lequel ce déferlement de violence laisse les victimes… Surnommé l’assassin aux perles, ce tueur sanguinaire est la priorité de Scotland Yard bien décidé à le capturer avant qu’une vague de psychose ne s’empare de la ville.

Il faut dire que les corps s’accumulent au grand dam de l’inspecteur Griffiths, en charge de l’enquête, et du Docteur Johnstone obligé de reprendre du service alors qu’il pensait avoir mis sa carrière de légiste derrière lui pour pouvoir enfin se consacrer entièrement à son entreprise de pompes funèbres. Une entreprise dont la réputation n’est plus à faire et qui peut compter sur la fille du Docteur, Trinity, qui n’a pas froid aux yeux, les embaumements et autres pratiques mortuaires étant son lot quotidien. Un métier peu commun pour une personne qui est loin d’être banale ! Je ne vous en dirai pas plus sur ce sujet, mais les capacités de cette jeune fille pourraient vous surprendre…

Mystérieuse et discrète au premier abord, Trinity porte en elle des blessures liées à un événement traumatisant de son passé que l’on découvre en cours de lecture et qui m’a beaucoup remuée. J’aurais aimé croire que son expérience n’est que le fruit de l’imagination de l’autrice, mais il suffit de lire les faits divers pour se rendre compte que la perversion de l’homme est sans limites. Si les séquelles de ce passé qu’elle n’arrive pas à totalement surmonter l’empêchent de vivre la même vie qu’une personne de son âge, Trinity n’en demeure pas moins une battante tout à fait capable de tenir tête à son père qui se révèle plutôt du genre protecteur. Elle n’hésite pas non plus à s’imposer face à l’inspecteur Griffiths qui, en raison de son physique et probablement de son statut de femme, aurait eu tendance à la prendre pour une chose fragile.  Or il va vite découvrir, pour son plus grand plaisir, que la jeune femme a de la ressource et un certain sens de la répartie !

Le trouvant trop sûr de lui en début de roman, il m’a fallu un peu de temps avant d’apprendre à apprécier cet ambitieux policier qui, grâce à son intelligence et à sa pugnacité, fera de surprenantes découvertes, certaines l’entraînant vers une pente glissante… Bien moins imperturbable qu’il aimerait le faire croire, Griffiths cache une certaine fragilité, ce qui fait peut-être de lui la personne la mieux placée pour comprendre Trinity, et le poids que le passé peut avoir sur une vie…

Au gré de leurs rencontres dans l’entreprise de pompes funèbres où le Docteur fait ses autopsies pour Scotland Yard, les deux personnages vont inexorablement se rapprocher… Leurs sentiments m’ont semblé un peu trop soudains pour être réalistes, mais j’ai apprécié que l’auteure se focalise sur l’intrigue policière plutôt que sur un jeu du chat et de la souris interminable. Et puis je dois bien avouer que je les ai trouvés touchants, et que j’ai apprécié que ces deux âmes blessées par la vie aient également droit à un peu de douceur et de réconfort…

Le Docteur d’abord réticent à l’idée que sa fille s’amourache de ce policier qui lui a joué un mauvais tour finit par accepter une idylle qu’il espère bénéfique pour sa fille. Père aimant, mais loin d’être parfait, ce personnage est auréolé d’un certain mystère, un peu comme s’il ne se dévoilait jamais entièrement aux autres… Il y a chez cet homme une ambiguïté qui fascine autant qu’elle interroge, ce qui explique peut-être que c’est le personnage que j’ai trouvé le plus intéressant dans sa construction et les réflexions qu’il suscite.

Au-delà des personnages atypiques et hauts en couleur, j’ai été séduite par la manière dont l’autrice nous plonge dans l’enquête aux côtés de Griffiths et de son collaborateur. On s’interroge avec eux sur les raisons de ce déferlement de violence et sur la symbolique qui se cache derrière l’abandon de perles sur les cadavres. Quel message veut transmettre le tueur ? Comment choisit-il ses victimes ? Tout autant de questions qui vous feront tourner avidement les pages d’autant que l’intrigue se révèle bien plus complexe et originale qu’il n’y paraît.

Car ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas ici dans une histoire classique de serial killer au comportement pathogène. Les raisons de ces horribles meurtres et de leur mise en scène devraient ainsi vous surprendre et vous pousser à vous interroger sur cette question qui a tourmenté et tourmentera encore de nombreux hommes : la fin justifie-t-elle les moyens ? À vous de vous forger votre propre opinion, et d’éventuellement redéfinir les limites de votre morale. À travers cette série de meurtres particulièrement affreux, l’autrice a également lié avec brio son histoire à certains des enjeux de cette société victorienne dans laquelle la plus grande des richesses côtoie la plus grande des misères dans l’indifférence la plus totale…

Les morts ne pleurent pas est le premier roman que je découvre de l’autrice et je pense que ce ne sera pas le dernier ayant été séduite par sa faculté à nous plonger au cœur de l’action ainsi que par sa très jolie plume. On ressent son amour des mots, ses phrases étant bien souvent imagées tout en restant très accessibles. Un style tout en finesse qui rend la lecture fluide, agréable et très immersive même si j’ai parfois noté quelques maladresses dans la tournure de certaines phrases et l’utilisation de certains mots. À noter toutefois que le roman a bénéficié récemment d’une révision.

En conclusion, de fil en aiguille se dessinent les contours d’une enquête bien ficelée dont l’intérêt réside autant dans les investigations que la psychologie et la complexité des personnages dont on prend plaisir à suivre les interactions, les péripéties et les pensées… Originale, intense, horrifiante, mais à la fois terriblement humaine, voici une intrigue policière à ne pas manquer surtout si vous aimez l’ambiance si particulière de l’époque victorienne dans laquelle les agissements de l’assassin aux perles prennent tout leur sens.

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