Le Malleus : Les sorcières de Sarry, Marie-Laure KÖNIG

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Je remercie Marie-Laure KÖNIG pour m’avoir permis de découvrir son roman, Le Malleus : Les sorcières de Sarry.

PRÉSENTATION AUTEURE

Découvrez l’histoire d’Alayone, une petite fille qui grandira à l’ombre du Malleus et qui apprendra son existence bien plus tard à ses dépens. Son tuteur, l’évêque de Châlons, lui enseignera la théologie. Elle sera également instruite sur d’autres sciences qui sont condamnées par l’Église comme l’astronomie, l’étude des pierres à venin ou l’agronomie que lui transmettra une guérisseuse. Elle découvrira les effets dévastateurs des amours interdits, mais aussi Paris, ville emplie de magnificence, de pestilence et d’étudiants…

Bienvenue en cette fin de XVe siècle où religion et politique sont intimement liées, à une époque où les caprices de la nature étaient indéniablement l’œuvre du malin et de ses servantes, où l’incrédulité du peuple fut le meilleur instrument des ambitions des puissants.

Le Malleus Maleficarum, plus connu sous le nom de « Marteau des sorcières » est un bréviaire écrit par un moine inquisiteur haineux à la fin du moyen-âge. Ce livre abject fut à l’origine de plus de 60 000 condamnations pour hérésie sur plus de deux siècles, essentiellement des femmes.

Histoire romancée se passe dans un contexte historique authentique.

  • Broché: 308 pages
  • Editeur : Independently published (28 novembre 2017)
  • Prix : 14.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Adorant les chats et les sorcières, je ne pouvais que craquer devant la couverture et le résumé de ce roman même si l’auteure a pris soin de m’expliquer qu’ici, nous n’étions pas dans une histoire de fantasy, mais dans une histoire romancée se déroulant dans un contexte historique riche et plutôt intense.

En cette fin du XVe siècle, être une femme est loin d’être une sinécure a fortiori quand plane au-dessus de la gent féminine l’ombre malfaisante et dangereuse du Marteau des Sorcières ou Malleus Maleficarum. Un texte sur lequel vont se baser des religieux fanatiques pour traquer les « sorcières » ou plus prosaïquement, de simples femmes accusées injustement de sorcellerie….

Ces premières lignes devraient déjà vous faire froncer les sourcils et vous laisser entrevoir ce sentiment d’injustice qui accompagnera votre lecture. Qu’il ne fait pas bon de naître femme à cette époque où les femmes suscitent crainte et mépris. Fort heureusement, Alayone, pris en charge après la mort de sa mère par Geoffroy Soreau de Saint Géran, évêque de Châlons, n’aura pas à affronter trop tôt cette horrible chasse aux sorcières. Couvée par celui-ci puis plus tard par le chanoine Richard, elle aura tout le loisir de s’adonner à sa passion pour les livres et satisfaire sa soif de connaissances. Mais la vie et ses aléas finiront par la rattraper et lui faire vivre d’aussi agréables que douloureuses expériences…

Autant le dire tout de suite, j’ai été complètement captivée par ma lecture. Je savais que le récit allait me plaire, mais je n’avais pas anticipé à quel point je me prendrais d’affection pour Alayone. J’ai adoré cette jeune fille à la maturité exceptionnelle, à l’intelligence rare et au caractère affirmé qui la rend d’ailleurs parfois un peu farouche. Ce n’est pas le genre de protagoniste qui reste prostré dans son coin même s’il lui arrive de se cloîtrer dans sa chambre avant de mieux revenir sur le devant de la scène. Une force de caractère doublée d’une nature joyeuse qui la feront apprécier de beaucoup à commencer par les lecteurs qui ne pourront qu’avoir envie de la voir heureuse. C’est ainsi que l’on pleure avec elle la disparition d’êtres chers et que l’on tremble devant les dangers qui ne manqueront pas de croiser sa route. On comprend donc aisément l’attachement que l’évêque de Châlons et le chanoine Richard ont développé pour cette enfant qu’ils verront grandir et s’affirmer.

Alayone a de bonnes relations avec son père, mais elle a aussi la chance d’avoir trouvé en ces deux hommes, deux figures paternelles aimantes. J’ai adoré la relation unissant la jeune fille avec ces hommes de foi qui font tout pour la protéger même s’ils s’y prennent parfois mal et ne comprennent pas toujours son cœur et ses velléités de liberté… Ces deux personnages se révèlent également très intéressants dans la mesure où ils apportent de l’espoir et permettent d’adoucir l’image que l’on pourrait avoir de cette église qui accepte la mort cruelle de personnes innocentes. Les exactions commises au nom de la foi comme nous pouvons en trouver dans ce roman me révulsent, mais j’ai aimé la délicatesse avec laquelle l’auteure montre que si certains ecclésiastiques se transforment en fanatiques corrompus par la haine, il existe également des hommes bons qui cherchent à apporter de la lumière à leur prochain. Nous ne sommes donc pas dans une histoire manichéenne avec des bons et des méchants, mais dans un récit qui montre qu’il peut y avoir du bon même dans une organisation frelatée par des hommes cruels. J’ai ainsi admiré la force de caractère de l’évêque et du chanoine Richard qui vont faire de leur mieux pour assurer leur fonction dans le cadre de la vraie foi, celle qui prône l’amour du prochain et non la mort de pauvres innocentes. Une force de caractère et une bonté d’âme qui forcent le respect et la sympathie des lecteurs !

La vie d’Alayone va être marquée par l’étude de différents domaines, des rencontres amicales qui vont parfois lui causer de terribles tourments, l’amitié ne résistant pas à la barbarie la plus abjecte, et elle va aussi rencontrer l’amour, l’enfant devenant adolescente puis jeune femme. Alors si comme moi, l’idée d’une romance vous déclenche une crise d’urticaire, soyez rassurés. La romance est ici très bien amenée et ne tombe pas dans la niaiserie. Je dois même dire que j’ai beaucoup aimé la scène dans laquelle la jeune fille et son prétendant, Tristan, se rencontrent. L’approche a le mérite de l’originalité et de mettre en valeur le caractère affirmé d’Alayone. Cette romance, qui n’intervient qu’à la moitié du livre, ne prend pas le pas sur l’intrigue, mais elle marque un changement dans la vie de la jeune fille qui découvre avec Tristan, Paris et ses merveilles tout en évitant Paris et ses bas-fonds... À noter que contrairement à ce que l’on aurait pu croire, c’est bien l’innocente, mais bouillonnante Alayone, qui se montre la plus entreprenante dans son couple. Un schéma qui se veut donc assez inhabituel et qui confirme mon affection pour Alayone, une jeune femme qui refuse d’être enfermée dans des règles qui ne lui conviennent pas, à commencer par ces règles de bienséance prônées par son soupirant.

Amitié, amour, mais aussi peine, horreur, haine et rancœur viendront frapper la jeune fille de plein fouet. C’est ainsi qu’elle verra des personnes chères à son cœur périr de la plus cruelle des manières. L’auteure évoque, à travers ces morts, le sort réservé à ces femmes accusées injustement de sorcellerie. Torturées et brûlées, elles ont été sacrifiées sur l’autel de la haine, de la barbarie, du fanatisme, de la folie, mais aussi sur celui de la peur. Cette peur qui va pousser des personnes lambdas à accepter la mort d’individus qu’elles connaissent dans l’espoir d’éloigner le mauvais œil de leur vie et d’avoir des jours meilleurs. Quand l’ignorance et le fanatisme s’imbriquent et se décuplent, le diable prend finalement bien forme humaine… Mais je rassure les âmes sensibles : à part deux ou trois scènes difficiles, l’auteure ne tombe jamais dans le sensationnalisme ce qui rend son récit très supportable.

Au-delà des sujets abordés ( amour, amitié, religion, fanatisme, condition de la femme…) et de la galerie de personnages, ce qui fait la force de ce roman est son style de narration atypique et plutôt efficace. L’auteure a ainsi fait le choix original de nous narrer son histoire à travers différentes formes : restitutions des prières d’Alayone, lettres (certainement ma forme préférée), extraits du Malleus Maleficarum, extraits de journal intime, pensées et observations d’un narrateur très particulier… Cette multiplicité des supports et des points de vue apporte un dynamisme certain au récit que l’on dévore sans pouvoir s’arrêter, impatients de découvrir le destin de ces personnages auxquels on finit par s’attacher. Et à cet égard, j’ai apprécié le petit twist final même si j’ai été quelque peu frustrée par l’incertitude qui plane autour de l’un des personnages…

Quant à la plume de l’auteure, elle se révèle étonnamment fluide si l’on considère qu’elle n’hésite pas à faire usage d’anciens termes nous permettant ainsi de nous immerger complètement dans le contexte historique de l’histoire. C’est un point que j’ai beaucoup aimé d’autant qu’elle arrive à le faire de manière très naturelle. Même les dialogues semblent couler de source alors que les tournures de phrase sont parfois inhabituelles pour un lecteur de notre époque. Je salue donc la capacité de l’auteure à rendre son récit très accessible tout en nous donnant l’impression de nous balader dans les rues de cette société du XVe siècle. Il faut dire que l’on sent un vrai travail de recherche et que les notes de bas de page apportent un vrai plus pour nous approprier cette période de notre histoire.

En conclusion, à travers la vie d’une enfant que l’on apprendra à connaître et voir grandir, l’auteure aborde le sujet difficile du fanatisme religieux et de ses néfastes conséquences pour des femmes dont le seul véritable tort fut de ne pas naître homme. Si l’odeur pestilentielle de l’injustice et de la barbarie plane au-dessus de ce récit, Les sorcières de Sarry, c’est également l’histoire d’une enfant qui deviendra une jeune femme accomplie refusant de courber l’échine, et qui dans toute cette folie, trouvera une famille de cœur, des ami(e)s et l’amour. Un récit de vie prenant que je recommande à tous les lecteurs notamment ceux intéressés par la question de la chasse aux sorcières…

Site consacré au roman – Page FB de l’auteure

Envie de découvrir le roman ? Retrouvez-le sur le site de l’autrice (dédicace possible) !

 

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10 réflexions sur “Le Malleus : Les sorcières de Sarry, Marie-Laure KÖNIG

  1. j’ai vu Malleus Maleficarum, j’ai cliqué. (c’est un peu mon sujet de mémoire, donc tout ce qui évoque la sorcellerie, je lorgne avec joie). et ta chronique me donne bien envie d’aller jeter un oeil sur ce livre ! je garde le titre de côté, le temps d’organiser mes lectures xD

    Aimé par 1 personne

    • Coucou,
      J’aimerais beaucoup ton avis si tu craques 🙂
      En plus, le chat a un rôle assez particulier, un peu témoin impuissant de la bêtise humaine…
      Par contre, il n’y a pas de vraies sorcières, juste des femmes accusées injustement de sorcellerie. Et c’est d’ailleurs ce qui est révoltant et passionnant 🙂
      Bisous en espérant que tu ailles bien !

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  2. Pingback: Bilan lecture : juin 2018 | Light & Smell

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