Esprits de Corps, tome 1 : Napoca, Tim Kesseler

 
Je remercie l’auteur de m’avoir permis de découvrir le tome 1 d‘Esprits de Corps : Napoca. Le résumé m’avait intriguée, mais j’avoue avoir d’abord été séduite par la couverture. Au fil de ma lecture, je me suis d’ailleurs aperçue que derrière une apparente simplicité, la couverture a été savamment agencée, chaque élément ayant un sens particulier que je vous laisserai évidemment découvrir par vous-mêmes.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Des intrigues diplomatiques, un univers victorien, une guerre qui couve aux frontières et un monde spectral comme clé de voûte de la civilisation.

La révolution industrielle vide les campagnes. Elle grossit Mydgar de ses foules de misérables. La plus grande ville du continent vit à l’heure de la machine à vapeur, des usines et des césures sociales, mais elle est aussi le siège du vénérable Congrès des Nations. Après des décennies de guerres sanglantes, le Congrès a fait renaître l’espoir, une nouvelle entité fédérale pour apaiser les fièvres nationalistes qui avaient causé tant de torts. Dans l’anonymat de la vie citadine, Mydgar réunit Will et Ruben qui fuient leurs destinées. Des salons feutrés du Congrès aux bas-fonds de la ville, ils sont ballottés dans les tourments d’une crise qui menace la fragile paix aux frontières. Mais, au-delà de cette menace bien réelle, la sphère spectrale est envahie par les moines noirs que seul l’Ordre des Séraphins sait contenir. Le sort du continent d’Ereba dépend de deux mondes.

  • Editeur : DEMDEL (2017)
  • Nombre de pages : 386
  • Prix : 19.90€

AVIS

Esprits de Corps est définitivement un roman que je classerais parmi les bonnes voire les très bonnes surprises. Je m’attendais à apprécier l’intrigue savamment imaginée par l’auteur, mais pas à frôler le coup de cœur comme ce fut le cas ici.

Le roman est d’ailleurs d’une telle richesse que j’ai peur que mon avis en devienne confus. En effet, comment décider de quels aspects d’abord vous parler ? : la mise en avant de l’Union Européenne à travers cette Fédération unissant dix-neuf nations dans une optique de paix durable, les réflexions sur l’industrialisation qui a bouleversé l’économie de ce monde imaginaire comme elle a bouleversé nos sociétés, les critiques à peine voilées sur le libéralisme et ses conséquences économiques pour les gens qui n’ont pas su tirer leur épingle du jeu, le questionnement de la foi et de ce qui différencie la superstition de la religion, l’émergence d’un modèle démocratique que l’on souhaiterait imposer aux autres nations en prenant quelques libertés quant à son application dans ses propres institutions, la bureaucratie et le travail des diplomates qui œuvrent autant en surface qu’en eaux plus troubles, les arcanes du pouvoir et des prises de décision, la lutte des classes… ? Tout autant de thèmes que je trouve passionnants d’autant que malgré leur côté assez sérieux, l’auteur a réussi à ne jamais être lourd ou moralisateur. Ces questions s’insèrent naturellement dans l’intrigue lui donnant ainsi un certain relief.

J’ai, en outre, apprécié que l’auteur utilise notre Histoire pour enrichir la sienne que ce soit de manière franche comme avec l’existence de la Fédération dont il est difficile de ne pas reconnaître le modèle européen ou de manière plus subtile, avec des allusions à des événements qui ont eu un impact concret et parfois dramatique pour notre monde. Je pense notamment à l’assassinat, dans le roman, d’un prince héritier qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain archiduc en 1914 ou encore, la nécessité dans un traité de ne pas humilier les vaincus. Une idée qui aurait permis d’éviter ou, du moins, de modérer la montée en puissance du pire dictateur que notre histoire ait connu…

Tim Kesseler nous propose donc un monde imaginaire qui emprunte au nôtre, mais qui, je vous rassure, s’en différencie par bien des aspects. Nous sommes ici plongés dans une société en plein essor industriel et en pleine révolution technologique. D’ailleurs, si vous aimez les ambiances steampunk avec les traditionnelles machines à vapeur, le progrès scientifique, les zeppelins et autres aérostats… vous serez ravis. L’auteur fait également une incursion dans le fantastique pour mon plus grand plaisir. J’ai, en effet, adoré son idée de deux mondes qui se côtoient, le monde réel et le monde spectral que l’on effleure grâce à l’un des deux protagonistes, William de Wencel, un aristocrate sans fortune apprenti-diplomate. Grâce ou à cause de sa rencontre avec des moines séraphins, cet homme va découvrir un monde aussi attirant que dangereux, un monde fait d’ombres et d’âmes. Je ne vous en dirai pas plus vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois ajouter que j’ai adoré découvrir cet ordre religieux à vocation militaire qui présente la particularité d’être mixte. Plaçant les hommes et les femmes sur un pied d’égalité, il s’appuie donc autant sur des combattants que des combattantes. L’une d’entre elles sera d’ailleurs mise en avant même si finalement, elle garde encore une grande part de mystère. Les moines séraphins, en plus d’être passionnants, semblent nous réserver encore bien des surprises… J’espère, pour ma part, que William aura l’occasion dans le second tome de se rapprocher de ces moines qui ont détecté chez lui un grand potentiel.

Mon seul regret est que l’aspect fantastique ne soit pas aussi développé que je l’aurais souhaité. Mais cela n’est en rien un point négatif, juste la remarque d’une lectrice qui a été complètement happée par ce monde spectral et toutes les possibilités qu’il offre à ceux qui y ont accès. William n’hésitera d’ailleurs pas à voyager dans ce monde surnaturel pour accéder à des informations dont il avait été écarté dans le monde réel. Une initiative qui lui fera alors prendre conscience que le monde spectral est certes passionnant, mais aussi plein de dangers… Son incursion le confrontera également à un ennemi dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence ni l’influence sur le devenir de la Fédération et de cette paix si ardemment défendue.

William est un personnage assez solitaire jusqu’à ce qu’il développe des liens d’amitié avec Ruben, un fugitif pétri de regrets et de culpabilité. Bien qu’appartenant à deux mondes socio-économiques antagonistes, ils sont unis par une chose qui est partagée par beaucoup d’êtres humains : les préjugés ! William, pur produit de l’aristocratie et des grands idéaux démocratiques, méprise les gens de basse extraction (je cite ses propos) comme Ruben. Quant à ce dernier, il honnit ces riches prétentieux qui bâtissent leur richesse sur la sueur des paysans et des travailleurs. Mais ces deux hommes, qui auraient pu symboliser la lutte des classes, vont voir leur chemin se croiser à plusieurs reprises, ce qui les conduira à s’accepter puis à s’apprécier. L’évolution progressive de leur relation est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman d’autant que l’auteur veille à ne pas transformer radicalement ses protagonistes. Comme dans la vraie vie, ils changent, mais difficile de se départir totalement de leur éducation et des idées qu’elle a profondément ancrées en chacun d’eux. Ne vous attendez donc pas à ce que William prône l’égalité des hommes ou que Ruben tienne en haute estime les industriels et riches propriétaires qui ont asservi les campagnes. Ces deux nouveaux amis sont donc tout en nuances, ce qui leur confère un certain réalisme et rend leurs interactions intéressantes.

Au-delà des personnages, j’ai été conquise par le rythme soutenu de l’intrigue qui passe, entre autres, par une narration alternée. Vous suivrez ainsi alternativement l’histoire de William et de Ruben jusqu’à ce que leurs vies ne soient liées. Une alternance qui crée parfois une certaine frustration, mais qui vous pousse également à tourner les pages les unes après les autres. Ceci est d’autant plus vrai que l’auteur a plus d’un tour dans son sac pour capter votre attention et vous plonger dans son roman : tension, personnages hauts en couleur, suspense, faux-semblants… Difficile de deviner les intentions de chacun tellement les cartes semblent brouillées et les trahisons légion même parmi des gens censés être dans votre camp. William apprendra d’ailleurs à ses dépens que l’esprit de corps a ses limites… Comme lui, vous risquez donc vous aussi de vous laisser prendre au piège à de multiples occasions, les apparences étant bien souvent trompeuses. Je suis pourtant de nature méfiante, mais je me suis moi-même complètement laissée surprendre par le retournement de situation final. Une révélation qui relance l’intrigue avec panache et qui donne envie de se jeter sur le tome 2.

Je terminerai cette chronique en parlant de la plume de l’auteur. Rythmée, imagée et tout en finesse, elle contribue à rendre l’expérience de lecture agréable et immersive. Ceci est d’autant plus remarquable que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur. À noter également que Tim Kesseler maîtrise complètement l’art du dialogue, les échanges entre les personnages étant fluides ET naturels. Portant une attention particulière à ce point, je peux vous dire que c’est loin d’être le cas dans tous les romans…

En conclusion, Esprits de Corps est un roman à l’ambiance steampunk qui ravira tous les amateurs d’histoires complexes teintées de politique et de fantastique. Entre les nombreux coups bas et les trahisons, une paix fragile que le Congrès des Nations essaie à tout prix de maintenir, des menaces aussi réelles que fantastiques et des protagonistes avec leur part d’ombre, l’auteur vous offre un récit rythmé et plein de surprises. Cerise sur le gâteau, bien qu’ancrée dans le domaine de l’imaginaire, cette histoire ouvre la porte à de nombreuses réflexions d’ordre politique, économique, culturel, métaphysique…

Tim Kesseler

Page FB du livreBlog de l’auteur

Et vous, envie de craquer pour Esprits de Corps ? Retrouvez le roman sur le site de la maison d’édition DEMDEL ou sur Amazon.

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5 réflexions sur “Esprits de Corps, tome 1 : Napoca, Tim Kesseler

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