Je n’aimerai plus, Stéphane Soutoul

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Je remercie Stéphane Soutoul de m’avoir proposé de découvrir son roman Je n’aimerai plus alors même que la romance n’est pas un genre très présent sur le blog. J’étais d’autant plus ravie de sa proposition que chaque roman de l’auteur m’a offert de très beaux instants de lecture. C’est donc sans crainte et avec enthousiasme que je me suis lancée dans la lecture de ce livre.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Inconsolable, Solange trouve refuge dans la solitude depuis le décès de son premier amour. Le marquis de Rousserolle souhaite malgré tout que sa fille épouse un aristocrate digne de son rang. Dans l’attente de fiançailles auxquelles elle refuse de se soumettre, Solange est placée sous la protection de Childéric de Frazignac. Dès le premier regard, la jeune femme perçoit le bretteur taciturne comme une atteinte à sa liberté. La guerre ne tarde pourtant pas à s’embraser aux frontières du royaume. Pris dans la tourmente des évènements, Solange et Childéric apprennent à cohabiter, à découvrir leurs blessures mutuelles, leurs espoirs… Se pourrait-il qu’un cœur en deuil finisse par s’éprendre d’une âme torturée, envers et contre tout ?

  • Illustration : Karen M.
  • A partir de 16 ans
  • Parution : 9 octobre 2017
  • 404 pages
  • Prix : 19.90
  • Autre format disponible : ebook

AVIS

L’histoire…

Solange, jeune aristocrate de 19 ans, se voit attribuer par son père un Vertueux, un homme qui maîtrise un des quatre éléments et qui met son épée et sa vie au service d’une jeune femme de la haute société jusqu’à ce qu’elle se marie. Or, éprise de liberté et peu encline à se plier aux impératifs de la bienséance, Solange refuse d’être suivie par le Vertueux qui lui est assigné, Childéric de Frazignac. Ce refus entêté est également motivé par une raison bien plus personnelle et douloureuse, la perte brutale de son premier Vertueux, Théodore, qui était aussi son ami et amour de jeunesse. Depuis sa disparition, Solange n’aspire qu’à une solitude que sa famille ne semble pas prête à lui accorder.

Quand la haine devient amour… 

De prime abord, Solange n’est pas un personnage auquel il est aisé de s’attacher. Bien que l’on comprenne et que l’on approuve son refus d’être sous la surveillance d’un Vertueux, il est fort difficile de justifier son comportement. Elle donne ainsi parfois l’impression d’être un oiseau pris en cage qui donne des coups de bec à ceux qui s’approcheraient de trop près de sa prison dorée alors qu’ils n’y sont pas invités. Et malheureusement pour lui, Childéric est, de par sa position, obligé de forcer les portes de la cage le condamnant de facto à devenir l’ennemi de la jeune fille. Elle va alors se montrer particulièrement odieuse et mettre tout en œuvre pour se débarrasser de lui allant jusqu’à fomenter, avec l’aide de sa sœur, un complot. Mais c’est certainement à travers ses piques quotidiennes et son mépris affiché que transparaît toute sa haine envers cet homme qui vient perturber sa solitude et son deuil.

A l’inverse de la terrible image que renvoie Solange dès le début de l’histoire, on ne peut s’empêcher de prendre en pitié Childéric qui ne fait que son métier et qui fait montre d’un certain professionnalisme malgré son acariâtre de maîtresse. Heureusement, on découvre très vite qu’il est loin d’être démuni face à cette dernière. En effet, d’un calme olympien devant la méchanceté injustifiée de Solange, il se révèle néanmoins taquin n’hésitant pas à se moquer subtilement de ses caprices que ce soit par quelques mots bien placés, son départ nonchalant lorsqu’elle se comporte comme une enfant capricieuse ou un art du silence bien maîtrisé. Et puis, derrière son stoïcisme et son côté taciturne, les lecteurs découvrent au fil de l’intrigue un être qui lui aussi a été blessé par la vie et qui a connu son lot de blessures autant physiques que mentales, mais qui, contrairement à Solange, ne fait pas payer aux autres ses malheurs.

Bien que d’abord conflictuelle, la relation entre Solange et le chevalier évolue progressivement pour se transformer en quelque chose que les deux personnages ont bien du mal à nommer. De la tendresse, de l’amitié, de l’amour ? Le lecteur assiste ainsi à la naissance des sentiments amoureux qui progressivement rapprochent ces deux personnes qui, bien que très différentes l’une de l’autre, sont unies par leur amour des livres, une force de caractère indéniable voire une certaine opiniâtreté et des valeurs fortes comme le sens de la justice, la loyauté, l’amour des leurs…

J’ai apprécié que l’auteur ne nous propose pas une énième romance basée sur un coup de foudre avec les traditionnels papillons qui virevoltent. Bien au contraire, il nous offre ici une romance réaliste qui se développe au gré des échanges entre les personnages, ceux-ci apprenant à se connaître, à découvrir leurs failles mutuelles, même celles dissimulées à leurs proches, avant de finir par naturellement s’apprivoiser. Cette évolution des sentiments se dévoile même dans le vocable utilisé par l’auteur. Au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, il se fait ainsi de plus en plus possessif et sensuel. Là, où au début du roman, nous avions droit à des descriptions presque factuelles, elles deviennent par la suite plus intimes, chacun des deux protagonistes s’autorisant à s’attarder sur les atouts physiques de l’autre. Cette subtilité dans la narration concourt indéniablement à la beauté de cette romance dont on ne peut qu’espérer une issue heureuse.

Au-delà de la très belle romance, l’auteur a su aborder de manière particulièrement délicate la question du deuil, un sujet qui me met en général mal à l’aise. A travers son histoire et les paroles souvent pleines de compréhension et de douceur du chevalier, il a su trouver les mots pour faire comprendre la nécessité d’aller de l’avant malgré la douleur de la perte d’un être cher.

Du droit d’être libre… 

Si Solange agace par sa méchanceté déplacée envers Childéric, elle suscite l’admiration par son refus des règles d’une société patriarcale condamnant les femmes aristocrates à être toute leur vie sous le joug d’un homme. Et de ce côté, elle se heurte à un mur en la personne de son père, le marquis de Rousserolle qui, pensant œuvrer pour le bonheur de sa fille, semble obnubilé par le respect de la bienséance faisant fi de son besoin de liberté.

Le marquis adore ses filles, mais j’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir envie de le secouer afin qu’il se rende compte que le bonheur de sa fille ne passe pas par un schéma préétabli. Qu’il l’empêche de s’enfermer dans sa solitude est une bonne chose, mais qu’il la force à être sous la surveillance d’un homme et qu’il n’écoute pas son désir de ne pas se marier m’a quelque peu agacée. J’ai eu l’impression d’entendre un disque rayé : « Oui, ma fille tu auras un Vertueux que tu le veuilles ou non, oui ma fille tu vas te marier et tant pis, si tu as d’autres envies ». Je comprends qu’il est difficile pour une personne de changer toute seule des règles sociétales profondément ancrées, mais ce qui m’a dérangée, c’est qu’il n’essaie même pas. Il reste vraiment certain que le bonheur de son enfant est lié à un homme et ça, je ne peux l’accepter d’autant que cet aveuglement va mettre Solange et Childéric dans une situation fort délicate. Ils devront ainsi faire face à un homme de la pire espèce dont la richesse et le statut n’ont pas pu compenser ce qui lui fait tant défaut, à savoir la noblesse de cœur et la bonté d’âme. Ce personnage qui symbolise tout ce qu’il y a de plus laid dans l’humanité (la jalousie, l’appât du gain, l’hypocrisie, la manipulation, la trahison…) aura au moins le mérite de permettre à Solange de faire le point sur ses sentiments et de prouver qu’elle sait faire preuve de courage quand une personne qu’elle aime est en danger.

Des relations familiales parfaitement explorées et exploitées…

Je me suis montrée intransigeante avec le marquis n’aimant pas spécifiquement qu’une personne décide pour une autre ce qui est bien pour elle, mais j’ai néanmoins été touchée par l’amour qu’il porte à ses deux filles et à sa défunte femme. D’ailleurs, les relations familiales et les liens forts qui unissent parfois les membres d’une famille sont très bien exploités par l’auteur que ce soit à travers la relation entre le marquis et ses filles, entre Solange et sa sœur Aurore ou encore, entre Childéric et sa sœur Élina.

Respirant la joie de vivre et l’exubérance, Aurore se révèle bien différente de son aînée ce qui ne l’empêchera pas de l’aimer profondément. Seule personne connaissant la vraie nature de la relation entre Solange et Théodore, elle fera tout son possible pour aider sa sœur à réapprendre à vivre au lieu de simplement survivre. Mais c’est la relation entre le chevalier et sa sœur que j’ai trouvé la plus attendrissante d’autant qu’elle permet de voir ce personnage, à l’allure parfois austère, sous un jour nouveau. Avec sa sœur, il semble être une tout autre personne comme si cette dernière révélait le meilleur de lui-même. D’ailleurs, ce changement ne passera pas inaperçu auprès de Solange…

Très malade, Élina n’en cache pas moins une joie de vivre qui la rend lumineuse. Je suis d’ailleurs certaine qu’elle s’entendrait à merveille avec Aurore. Découvrir leurs débuts dans la haute société pourrait être très intéressant, mais loin de moi l’idée de suggérer, peut-être pas très subtilement, à l’auteur de se pencher sur un nouveau roman basé sur ces deux personnages… La relation entre Childéric et sa sœur m’a fait penser à celle entre Mr Darcy et Georgina dans Orgueil et préjugés. On y retrouve la même tendresse, la même envie d’un frère de protéger sa sœur comme un père le ferait et la même complicité. En plus de cette entente, il existe une réelle complémentarité entre le frère et la sœur avec d’un coté, un Childéric d’une grande force physique, mais d’un tempérament chagrin et solitaire et de l’autre, une Élina à la santé fragile, mais d’une gaieté naturelle propice à apporter joie et bonne humeur autour d’elle. A eux deux, ils offrent le portrait d’une famille, peut-être réduite et au passé douloureux, mais aux liens solides.

Un roman porté par une très belle plume…

Le livre fait plus de 400 pages, mais comme toujours avec Stéphane Soutoul, les pages défilent les unes après les autres sans que vous ne vous en rendiez compte. Il faut dire que sa plume, en plus d’être d’une élégance et d’une finesse promptes à satisfaire les amoureux des mots et des belles phrases, est définitivement immersive et addictive. Il lui suffit de quelques mots pour attirer votre attention et de quelques pages pour complètement vous immerger dans son monde et vous donner l’impression que les personnages qui prennent vie et évoluent sous vos yeux sont réels. En d’autres termes, avec Je n’aimerai plus et de manière générale avec Stéphane Soutoul, immersion et addiction garanties !

A noter que la seule chose qui aurait pu me frustrer est que le côté fantastique du roman ne soit pas plus développé. Mais cela ne m’a pas dérangée, car ici ce qui compte, c’est bien plus les relations entre les personnages et leur évolution que l’utilisation de la magie. Et puis, cela semble cohérent avec la personnalité de Childéric qui, suite à un événement dramatique de son passé, préfère ne pas se servir de ses pouvoirs.

Pour conclure, je pourrais poursuivre ma chronique, le roman possédant encore tellement de qualités ou d’éléments dont j’aimerais vous parler… Je finirai donc simplement mon article par vous dire de vous lancer dans la lecture de ce roman. Que vous soyez un amateur de belles romances ou non, il devrait vous séduire, car au-delà du sentiment amoureux que l’auteur a su si subtilement et délicatement retranscrire, il aborde l’amour sous toutes ses formes, l’amour amical, l’amour familial, l’amour qui vous donne des ailes, mais aussi celui qui vous noie dans un abîme de désespoir. De cette lecture, vous en retiendrez également un très beau message d’espoir sur la capacité de chacun à avancer dans la vie malgré l’adversité. Du très beau Stéphane Soutoul, sans aucun doute !

Blog de l’auteurCompte Twitter

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