Kafka : L’éveil (tome 1), Xavier Amet

Kafka, L'éveil ; Xavier Amet

Je remercie Xavier Amet et Livraddict pour l’envoi de Kafka. Je remercie également l’auteur pour sa dédicace particulièrement soignée et les deux petits bonus.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« J’étais la tache de vin sur une belle nappe blanche pour mes parents, une erreur de la nature pour mes proches et un fou violent pour les gens évoluant dans ma vie. »

Ouais ! Si je devais retenir une chose de ce qui m’a motivé à foutre le camp de chez mes parents et de cette école de commerce de merde, c’est bien ça ! Car au final ça résume bien le fait que je ne trouvais pas ma place dans ce monde, que ce dernier semblait tout faire pour me rejeter alors… J’allais me démerder par moi-même, devenir privé à mon compte (au black bien sûr) en plus de continuer à participer à des combats illégaux. Une façon d’externaliser cette soif de violence que je ne savais expliquer.

Bien que j’eusse pris cette décision pour trouver ma place ici-bas, savoir qui j’étais, ce que j’étais, jamais je n’aurais imaginé que mon grand saut m’amène là où je suis à présent…

    • Broché: 488 pages
    • Editeur : E.X.A Concept; Édition : Janvier 2017 (4 novembre 2016)
    • Prix : 22€
    • Illustrateur : Jean-Mathias Xavier

AVIS

L’histoire, entre monde terrestre et monde surnaturel

Le récit démarre sur un prologue plutôt dur et sombre qui n’est pas sans rappeler certains épisodes de notre histoire. Dans tous les cas, l’auteur arrive d’emblée à capter l’attention des lecteurs qui découvrent par la suite Kafka, un jeune homme dans sa vingtaine.

Mouton noir de sa famille, ce dernier est plus dans l’action que dans la philosophie bien que ses réflexions sur l’état du monde actuel soient loin d’être dénuées d’intérêt. Ne reculant jamais devant une bonne baston, il aime à jouer des poings dans la vie et lors de combats illégaux où il excelle. En dehors de cette activité lucrative peu légale, mais qui lui offre l’occasion de se défouler, il exerce le métier de détective privé pour le compte de personnes désirant prouver l’infidélité de leur conjoint. Sa vie va cependant prendre un nouveau tournant lorsqu’un cadavre jeté d’un toit lui tombe presque dessus. Stimulé par l’envie d’action, il va se lancer sur la piste du meurtrier avant de découvrir que rien en ce bas monde n’est le fruit du hasard. Et si finalement, derrière ce meurtre se cachaient des forces et des enjeux qui le dépassent, mais qui, paradoxalement, vont l’aider à se trouver lui-même?

Même si Kafka est loin d’avoir les capacités d’analyse et de déduction de mon détective privé préféré, Sherlock Holmes, j’ai néanmoins pris plaisir à suivre son enquête concernant le meurtre d’une victime dont il arrivera, pour son plus grand malheur, à découvrir l’identité. Mais c’est bien l’enquête sur les traces de son passé qui se révèlera la plus haletante d’autant qu’elle lui permet de mettre les pieds dans un monde dont il ignorait jusque là l’existence…

Il faudra attendre un certain nombre de pages avant que l’auteur quitte le monde très terre à terre de Kafka pour introduire du surnaturel. Il le fait d’abord par petites touches avant de plonger complètement le lecteur dans un monde secret où des créatures dangereuses et ignobles mettent tout en œuvre pour assouvir le dessein qu’elles réservent aux humains. Ce procédé introduit un certain suspense vous poussant à lire les chapitres les uns après les autres. Les différentes révélations qui se succèdent vous donnent ainsi envie d’en apprendre plus sur ces créatures, mais aussi sur ce qui les lie à Kafka. Pourquoi s’intéressent-elles autant à lui ?

En ce qui concerne les créatures du livre, l’auteur joue la carte de l’originalité. Tout le monde connaît, à des degrés divers, les créatures de la nuit que sont les vampires. Mais personne, à part les chanceux lecteurs de ce roman, ne connaît les vampires version Xavier Amet. Autant vous le dire tout de suite, l’auteur dépoussière le mythe du vampire balayant d’un revers de main tout, ou presque, ce que nous savons d’eux. Il est vrai que plusieurs auteurs se sont amusés à proposer leur propre version du mythe, mais celle de l’auteur est certainement la plus originale que j’aie lue. J’ai adoré son explication concernant leur apparition tout comme leur objectif final. L’auteur évoque également un autre mythe, bien moins connu en France, celui des Bersekers, des guerriers légendaires. Je connais peu cette légende et ai donc apprécié de mieux l’appréhender à travers Kafka et son héritage.

Les personnages…

Sans que cela soit préjudiciable à l’intrigue, j’ai eu du mal à trouver des atomes crochus avec notre héros malgré lui. J’ai apprécié sa volonté de ne pas se fondre dans le moule et le modèle de réussite sociale imposé par ses parents, et plus généralement, la société.  Je n’ai, en outre, pu qu’approuver certaines de ses idées ou de ses réflexions sur notre monde, mais le côté « je suis en révolte contre tout et contre tout le monde alors je tape pour me défouler » m’a vite fatiguée. Fort heureusement, nous découvrons, au fil de l’intrigue, les raisons de la colère perpétuelle qui habite le jeune homme et face à laquelle ses parents ont, par le passé, fini par baisser les bras.

Mais ce qui a vraiment rendu difficile pour moi d’apprécier notre héros, c’est le peu de considération qu’il semble avoir pour les femmes puisque ces dernières semblent se résumer à une fonction, celle d’assouvir ses besoins primaires. C’est ainsi que pour chaque personnage féminin, on a droit à une petite description de son anatomie et des réactions que sa vue suscite sur celle du jeune homme… C’est autant désagréable en tant que femme que réducteur pour la gent masculine dont le cerveau semble alors s’être délogé de leur boîte crânienne pour atterrir dans leur slip. L’auteur a certainement forci le trait pour les besoins de son histoire, mais ça m’a quand même bien agacée.  Je me suis toutefois demandée,  en fin de roman, si un événement dans le passé de Kafka l’ayant coupé de sa nature profonde ne peut pas, en partie, expliquer ce manque d’émotions que ce soit envers ses parents ou ses conquêtes féminines. La scène finale semblerait corroborer cette hypothèse et donc rendre le personnage, du moins pour moi, moins tête à claques. Ou alors c’est juste un gros con ! A vous de voir si, comme lui, vous voulez voir le verre à moitié vide ou, comme Raven, à moitié plein.

Raven est une femme qui va intervenir relativement tard dans le roman et qui va apporter un certain nombre de réponses à Kafka. C’est aussi grâce à elle qu’il va fouiller dans son passé et se décider à confronter ses parents pour en apprendre plus sur les secrets de sa jeunesse. Si le jeune homme fantasme évidemment sur ses formes, Raven sera la seule femme du roman avec laquelle il va développer des liens ne se réduisant pas à une simple attraction physique. Il faut dire que sa force de caractère et son implacable détermination font d’elle une personne qu’il apparaît difficile de négliger. Bien qu’elle se révèle beaucoup plus humaine que Kafka dans ses rapports à autrui, on ne peut pas non plus dire qu’elle brille par son empathie. Son histoire personnelle riche et intense la rend néanmoins très intéressante et puis, comme Kafka, derrière sa carapace, elle n’en demeure néanmoins pas dénuée de sentiments, notamment envers les deux personnes de son équipe qu’elle considère un peu comme sa famille. D’ailleurs, je dois dire que le pré-adolescent et le vieil homme qui la secondent sont les deux personnages que j’ai préférés. Ils demeurent assez secondaires, mais je ne doute pas qu’ils prennent une place plus importante dans la suite de l’histoire.

Je vous ai dressé un portrait peu reluisant de nos personnages, mais pour autant, les ai-je détestés ? La réponse est non, car malgré leurs défauts, chacun a un petit quelque chose qui permet de ne pas avoir envie de se joindre au méchant de l’histoire pour les tuer. Pour Kafka, ce sont indéniablement sa capacité d’auto-dérision et son humour dont il ne se départit quasiment jamais. J’ai ainsi adoré sa manière de faire référence à la culture populaire, à des films, à des séries ou à des choses du quotidien pour les tourner en dérision ou les commenter de manière sarcastique. Cela, en plus d’amuser le lecteur, crée une certaine connivence qui fait que comme à un gamin perturbateur, mais attachant, on lui pardonne ses excès et ses frasques. Ceci est d’autant plus vrai que l’on sent que, derrière sa carapace de gros dur, se cache pendant une bonne partie du roman cet enfant qui, à défaut de trouver sa place parmi les siens et la société, se sent exister à travers les combats et la violence.

La plume de l’auteur au service d’une histoire rythmée 

Lorsque j’ai vu ce roman proposé en partenariat sur Livraddict, j’avoue avoir bien réfléchi avant de postuler, le résumé me laissant craindre un récit un peu trop vulgaire. Or, si vous me suivez régulièrement, vous devez connaître mon appétence pour les auteurs à la plume raffinée… Je ne regrette néanmoins pas d’être sortie de mes habitudes de lecture dans la mesure où l’utilisation de la grossièreté est maîtrisée et plutôt cohérente avec la personnalité du protagoniste, celui-ci n’ayant en effet pas vraiment l’habitude de faire dans la dentelle que ce soit verbalement ou physiquement… Je mentirais en disant avoir pris plaisir en lisant ses multiples jurons, mais ils s’insèrent naturellement dans le récit. Et puis, je vous rassure, vous n’avez pas non plus une insulte à chaque ligne.

La plume de l’auteur est efficace comme sait l’être « le héros malgré lui » qu’elle met en scène. Il n’y a donc pas de longues descriptions, mais tout de même assez de détails pour rendre l’histoire crédible, et permettre à chacun de se plonger dans les rues de Paris, et dans le feu de l’action. De ce côté-là, si vous aimez les histoires avec un rythme endiablé, vous serez comblés et aurez certainement le sentiment de lire un film d’action, les événements s’enchaînant assez vite. Les seules digressions que s’autorise l’auteur lui permettent d’apporter un regard critique sur le monde actuel et d’aborder des thèmes comme le harcèlement de rue, la surconsommation, le paraître en société, la politique… Mais ces passages restent assez courts et apportent une profondeur au roman intéressante. Le rythme soutenu du récit et la plume très accessible de l’auteur rendent donc le livre très facile et rapide à lire. Et puis, chose appréciable pour les taupes de mon genre, la police d’écriture est assez grosse pour ne pas avoir à forcer sa vue et accessoirement, faire défiler les pages rapidement.

Un livre interactif et immersif

A noter que le roman, en plus d’avoir une couverture plutôt attrayante, a un petit côté interactif avec la présence de QR Codes que vous pourrez lire après avoir téléchargé une application. Si les bonus que l’on débloque au gré de la lecture ne sont pas indispensables à l’histoire, cela reste une démarche fort sympathique d’autant qu’elle ajoute au côté immersif du récit.

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Si le résumé et/ou ma chronique vous donnent envie d’en apprendre plus sur le roman, je vous invite à visionner cette bande-annonce particulièrement bien réalisée ou à fureter sur le site de l’auteur lui-même plutôt agréable à parcourir.

En conclusion, ce premier tome nous permet de découvrir un héros qui tranche avec l’image traditionnelle et qui, selon votre degré de tolérance face au « je m’en foutisme » de celui-ci, vous sera plus ou moins agréable. Brut de décoffrage, on se prend néanmoins à suivre ses aventures avec frénésie désirant, presque autant que lui, découvrir les mystères de son passé et de son héritage. En nous baladant entre monde réel et imaginaire d’une main de maître, Xavier Amet signe ici un roman qui tient son lecteur en haleine. La mythologie originale qu’il a créée autour des vampires, l’utilisation du mythe des Bersekers encore peu courante en littérature française, et les différentes révélations qui se succèdent dans le roman ne sont pas étrangères à ce phénomène. Je lirai donc avec plaisir la suite des aventures de Kafka qui, si l’on considère la fin spectaculaire soulignée par l’illustration de Jean-Mathias Xavier, sera certainement explosive.

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Site de l’auteur Page FB

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9 réflexions sur “Kafka : L’éveil (tome 1), Xavier Amet

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