Codex Memoriae 2 : Le sacrifice des âmes du Purgatoire, Christophe Michaud

Je remercie Christophe Michaud de m’avoir fait parvenir son roman Le sacrifice des âmes du Purgatoire via le site Simplement et d’avoir pris le temps de me le dédicacer. Je le répète souvent, mais c’est toujours le genre de petite attention qui me fait plaisir.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un vagabond amnésique est conduit au sanitarium local spécialisé dans les troubles post-traumatiques de la Première Guerre mondiale. Il n’a aucune mémoire, ni présente ni passée.

Pour ne pas sombrer, il essaye de se raccrocher comme il peut à tout ce qui l’entoure dans l’espoir de se construire une identité, mais c’est sans compter sur la rivalité de deux médecins qui se cristallise à son sujet.

Il poursuit ainsi son cheminement mental dans une errance onirique teintée de mythologie grecque avant de se trouver confrontée à une réalité brutale qui prend corps au travers de l’étrange docteur Bonne.

 

  • Poche: 288 pages
  • Editeur : Christophe Michaud (17 novembre 2015)
  • Prix : 10,17€
  • Autre format : Ebook

AVIS

Tout d’abord, je tiens à dire que je trouve le livre très réussi autant au niveau de la couverture que des illustrations intérieures qui nous permettent de nous plonger de manière réaliste dans l’histoire. Cet apport visuel est un atout indéniable pour l’histoire et devrait ravir les amateurs de livres illustrés. L’auteur a même poussé le sens du détail jusqu’à insérer des bonus comme des rapports journaliers concernant le patient amnésique ou encore un rapport confidentiel. La police d’écriture qui donne l’impression que le livre a été tapé à la machine vient, quant à elle, parfaire une expérience de lecture déjà agréable.

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Je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai adoré ce livre et que je le considère comme l’un des meilleurs que j’ai pu lire ces derniers mois. C’est simple, tous les ingrédients sont mis en place pour que vous ouvriez la première page avec la ferme intention de ne pas décoller de votre canapé/lit/siège avant d’avoir lu le dernier mot de l’auteur.

L’histoire…

Le docteur Olivier Quine, psychiatre de profession, a assouvi son rêve, celui de créer un endroit où les patients atteints de troubles psychiatriques seraient accueillis et traités de manière humaniste. Un projet avant-gardiste pour une époque où les « malades mentaux » étaient loin d’être traités avec humanité. De ce rêve devenu réalité, va naître la rencontre puis une association avec le docteur Bonne, médecin militaire qui a exercé durant La Première Guerre mondiale. Mais cette alliance qui, sur le papier, semblait prometteuse est-elle finalement une réelle aubaine pour le docteur Quine ? L’arrivée d’un patient amnésique qui va intéresser de près nos deux associés va pousser le psychiatre à se poser sérieusement la question.

Le livre pourrait se scinder en deux parties. Dans la première partie, nous découvrons le docteur Quine et ses séances de thérapie avec le patient amnésique. Sous hypnose, celui-ci va raconter différentes histoires inspirées de la mythologie grecque comme si elles étaient siennes. Ces incursions dans le monde de la mythologie, à travers différentes figures emblématiques et mythes comme celui de Perséphone, est pour moi le gros point fort de ce roman. J’ai adoré la manière dont l’auteur a su se les approprier et les exploiter nous donnant autant envie de connaître la suite des événements que de réviser nos connaissances en matière de mythologie.

Dans la deuxième partie, on conserve cette part de voyage entre réalité et rêve, mais l’histoire prend une tournure plus angoissante voire étouffante. Au fil de l’intrigue, on en vient à se poser des questions sur le docteur Bonne et à se demander si le psychiatre, par ambition professionnelle, n’a pas plus ou moins passé un pacte avec le diable. Déjà mystérieux, le médecin devient ainsi de plus en plus inquiétant et nous pousse à nous interroger, avec angoisse, sur la nature de ses activités qu’il veille à tenir secrètes. Quine finit bien par ouvrir les yeux sur ce collaborateur gênant, mais il est trop tard, le médecin ayant déjà tissé sa toile tout autour de lui. L’étau se resserre alors inexorablement autour du psychiatre dont le lecteur ressent parfaitement l’effroi à cette prise de conscience : le Mal est en la demeure.

Au-delà de l’intrigue principale, l’auteur évoque également différents points comme la dichotomie entre la médecine du corps et celle de l’esprit parfaitement symbolisée par l’antagonisme entre Quine et Bonne. Nous retrouvons également une critique de la médecine psychiatrique de l’époque dont heureusement les méthodes ont depuis fortement évolué. Des questions presque métaphysiques sont également soulevées… Au cours de l’histoire, on ne peut d’ailleurs qu’en venir à s’interroger sur la nature humaine et sur ce qui distingue l’homme du monstre.

Des personnages complexes…

Bonne peut être vu comme l’un des méchants de l’histoire, mais il n’en reste pas moins assez complexe. Si ses méthodes sont radicales, comme vous le découvrirez, son objectif final renvoie néanmoins à la fameuse question : la fin justifie-t-elle les moyens ? Pour sauver l’humanité, quels sacrifices jugeons-nous acceptables ? L’auteur utilise, en outre, ce personnage aussi fascinant que repoussant, pour évoquer les traumatismes engendrés par La Première Guerre mondiale. Ce point m’a particulièrement semblé intéressant puisque pour des soldats, une guerre, quelle qu’elle soit, ne prend pas forcément fin une fois la paix signée. Il en va de même pour les personnes comme ce médecin qui ont dû faire face quotidiennement aux conséquences de la barbarie humaine. Pour sauver des vies, a-t-il fini par y laisser son âme ? Je vous laisserai le soin d’en juger par vous-mêmes.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais)

Quine, bien que mû par un objectif louable, n’est pas non plus exempt de défauts. L’auteur ne nous offre par sur un plateau une blanche colombe, mais un personnage avec ses zones de lumière et d’ombre. Ainsi, je l’ai parfois trouvé très limite dans sa manière de traiter son entourage et notamment son assistante ainsi que son patient qu’il considère plus comme un sujet d’étude que comme un être humain. Il n’hésitera d’ailleurs pas à le livrer aux mains de Bonne en vue d’une future publication. Son ambition professionnelle et son égo viennent donc se heurter à ses idéaux ce qui ne le rend finalement que plus humain. Les zones d’ombre du personnage ne m’ont pas permis de compatir pleinement à la situation dans laquelle il finit par se trouver. N’étant pas un monstre, j’ai bien sûr trouvé son sort horrible, mais n’ai pu m’empêcher de penser qu’à trop jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler. Il s’est fait le propre artisan de son malheur et aurait pu limiter l’emprise que le docteur Bonne finira par exercer sur lui et sa clinique s’il avait été au bout de ses idéaux, et avait traité avec respect toutes les personnes de son entourage.

Quant au patient amnésique, il évolue au fil de l’intrigue passant de « légume » incapable de mémoriser des informations et d’agir de sa propre volonté à une personne capable de prendre des décisions et de se souvenir d’événements récents. Il m’a fait de la peine notamment quand sa conscience s’est éveillée lors de séances de travail plutôt douloureuses. Mais j’avoue ne pas avoir réussi à m’attacher à cet individu sans passé ni identité... Il faut dire que si en deuxième partie de livre son existence ne s’efface plus au profit de ses errances oniriques, il n’en demeure pas moins très énigmatique. Cela m’a d’ailleurs beaucoup frustrée ; j’aurais aimé en apprendre plus sur celui-ci, sur son passé et la raison pour laquelle il a perdu la mémoire. Est-ce la manière que son psychisme a trouvée pour faire face à des événements difficiles à supporter, est-ce le résultat d’un accident ou celui d’une punition divine ? L’incertitude autour du personnage ne m’a néanmoins pas empêchée d’admirer son courage et sa ténacité devant l’adversité.

Une plume envoûtante et des allers-retours entre rêve et réalité captivants, mais qui ne plairont pas à tous…

Grâce à une plume fluide et efficace, pas de digressions ou de temps morts ici, l’auteur a cette capacité de vous immerger totalement dans son monde ou, plutôt, ses mondes. Alors que l’on évoque quand même des personnages issus de la mythologie grecque, le récit finit par sembler naturel voire plausible. Au début, comme Quine, on peut être tenté d’analyser les rêves du patient sous le prisme du symbolisme et de diverses interprétations psychiatriques, mais la véracité des rêves s’impose presque d’elle-même. Et ça n’en rend le suspense que plus intense et le patient que plus mystérieux.

Complètement séduite par ce livre, j’aurais envie de le mettre entre les mains de tous les lecteurs croisant mon chemin, mais je pense que les allers-retours entre la réalité et le rêve pourront déstabiliser certaines personnes. En effet, il faut parfois quelques secondes de lecture avant de saisir de qui nous sommes en train de découvrir l’histoire. Mais cette alternance entre réalité et rêve apporte un dynamisme certain au récit et rend la lecture prenante au point qu’il vous sera difficile de la poser. Et puis, le lecteur, pris entre ces deux mondes, se retrouve presque subjugué et n’a qu’une hâte : connaître la suite des événements tout en se demandant comment l’auteur va réussir à lier réalité terrestre et errances oniriques.

Un récit qui se lit tout seul, mais dont la richesse nécessite une lecture attentive…

Portée par les talents de narrateur de l’auteur, l’histoire est très facile à suivre, mais sa richesse nécessite néanmoins un minimum d’implication de la part du lecteur et, j’aurais envie d’ajouter, une certaine continuité dans la lecture pour en savourer les tenants et aboutissants. D’ailleurs, malgré une lecture attentive, j’ai parfois eu l’impression de ne pas avoir saisi toute la subtilité de l’histoire ou d’être passée à côté de certains enjeux. Réalité ou fausse impression, peu importe puisque j’ai dévoré le livre et n’ai qu’une hâte, le faire découvrir à mon entourage.

En effet, j’ai frôlé le coup de cœur ! La seule raison pour laquelle je n’ai pas mis 20/20, c’est la fin qui m’a un peu déconcertée et laissée, sans mauvais jeu de mots, sur ma faim. Mais je dois reconnaître qu’elle est complètement cohérente avec cette aura de mystère qui plane sur notre amnésique. Un happy end avec toutes les réponses à nos questions aurait quelque peu dénaturé l’essence même du roman. Et puis, la fin demeure assez ouverte pour nous laisser l’espoir de retrouver notre personnage dans un futur que je n’espère pas trop éloigné.

En conclusion, Le sacrifice des âmes du Purgatoire est un livre que je conseillerais à toutes les personnes en quête d’une histoire addictive bien écrite où se côtoient mystère, personnages complexes et parfois inquiétants, références à la mythologie grecque et ambiance angoissante. Si vous acceptez de ne pas avoir toutes les réponses à vos questions et aimez vous questionner sur la nature humaine, vous devriez passer un très bon moment de lecture.

Lien d’achat du roman Le sacrifice des âmes du Purgatoire

 

 

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3 réflexions sur “Codex Memoriae 2 : Le sacrifice des âmes du Purgatoire, Christophe Michaud

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