Masse critique #3 : Alexandre ou la vie éclatée, Alexis Varlamov

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J’ai reçu Alexandre ou la vie éclatée d’Alexis Varlamov, des Éditions Motifs, dans le cadre d’une opération Masse critique de Babelio.

Je remercie Babelio et la maison d’édition pour m’avoir permis de lire cet ouvrage.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Russie. 1963-1993, de Brejnev à Eltsine. Dans sa quête du sens de la vie et, aussi, de Cosette, le seul amour véritable de sa courte existence, le héros, Alexandre, le petit, le sans-grade, le « paumé », traverse, sans la comprendre, et animé de son seul instinct « d’amour et de mort », cette période charnière de la fin prochaine de l’Union soviétique et de l’éclatement de son empire, avec, pour tout avenir, la promesse improbable de l’arrivée d’une Russie dite « nouvelle ».

« Ça c’est un roman ! » s’exclame le lecteur en refermant ce livre. Car il y a tout ici, absolument tout : l’amour et la solitude, le passé et l’incertain présent, le plus improbable avenir, la religion et son absence, la ville et la nature, l’histoire et le particulier, la Russie et le sentiment de celle-ci, ce vieux mystère irréductible, que tous les géants de la littérature russe ont tenté en vain, semble-t-il, de sonder. Elle est là, demeure, noyau caché et incandescent, et pourtant plus menacée par la sourde modernité, son éclatement absurde, qu’elle ne l’avait été par les coups de boutoir du communisme.

L’auteur, un romancier qui sait lire les signes de son temps et un homme qui déchiffre les énigmes contradictoires de l’âme, bref un grand écrivain, nous fait vivre ici les bouleversements de la Russie post-Gorbatchev à travers la vie éclatée de son héros.

  • Nombre de pages  : 320 pages
  • Editeur : Motifs (13 octobre 2016)
  • Prix : 21€
  • Autre format : Ebook

AVIS

De notre héros et des autres personnages…

Pendant tout le roman, nous suivons Alexandre, de sa naissance à sa mort. Et assez vite, on comprend que le titre du roman Alexandre ou la vie éclatée n’est pas anecdotique mais a été choisi avec soin par l’auteur puisqu’il résume particulièrement bien la vie de notre personnage.

D’un esprit que l’on peut décemment qualifier de torturé, Alexandre donne l’impression de faire partie de ces personnes qui ne trouvent le sens du bonheur que dans le malheur. Plus prosaïquement, cela se traduit par une alternance entre des périodes où notre héros semble mener une vie classique avec un travail et une relation amoureuse et des périodes où tout dans sa vie va à vau-l’eau.

J’avoue avoir eu souvent du mal à comprendre notre personnage ; beaucoup de ses décisions m’ont paru dénuées de tout sens. Alors qu’il dit rechercher le bonheur, il tend souvent à agir dans le sens contraire, se faisant l’artisan de son propre malheur. Avouons qu’il est loin d’être le seul dans ce cas puisque son grand amour Cosette ou son meilleur ami, Goldovski, tendent à agir plus ou moins de la même manière.

Je ne connais pas suffisamment la culture russe pour savoir si ce genre de comportement est courant que ce soit dans la vie ou dans la littérature. Mais cette absence de logique nuit quelque peu à l’empathie que l’on peut développer pour les différents personnages ; il est en effet plutôt difficile de s’identifier à eux.

Cependant, grâce à la plume de l’auteur et l’ambiance du roman, j’ai quand même pris plaisir à côtoyer Alexandre et les quelques personnages qui font inlassablement partie de sa vie. Leur caractère qui m’a laissé perplexe les rend également et bizarrement intéressants. Difficile de deviner ce qui va se passer dans la vie de chacun et de manière générale, dans le roman.

La Russie et l’intrigue

Si la Russie est bien le lieu dans lequel se déroule la plupart de l’action, elle ne donne pas lieu à de longues descriptions. J’ai d’ailleurs un peu regretté de ne pas avoir plus de détails sur les paysages ou encore sur Moscou et ses monuments. L’immersion dans ce pays se fait plutôt grâce à la vie d’Alexandre, ses voyages mais surtout, ou du moins, c’est comme cela que je l’ai perçu, grâce à de très nombreuses allusions historiques.

Ces allusions nous permettent d’en apprendre plus sur le passé russe, le communisme et les conséquences de sa chute autant financières que morales ou sociétales, les différentes politiques gouvernementales destinées à sauver la Russie du déclin… En plus d’un intérêt culturel, j’ai apprécié la manière dont l’auteur a évoqué ce passé que ce soit de manière ironique ou plus philosophique à travers les différents questionnements d’Alexandre et de son meilleur ami. Il ne s’agit pas d’une autobiographie mais je ne peux m’empêcher de penser que l’auteur s’est servi de son roman pour partager ses idées.

Tout au long de l’ouvrage, j’ai en outre eu l’impression d’un jeu de miroir entre la chute de l’URSS et les soubresauts de la Russie pour ne pas perdre sa splendeur passée avec la vie d’Alexandre alternant entre réussite et échec, calme et déchéance. La vie du héros m’a paru ainsi être inexorablement liée à celle de sa patrie.

De la littérature russe facile d’accès mais…

Quand j’ai été sélectionnée pour ce livre je craignais un peu, n’étant pas coutumière de la littérature russe, que l’ouvrage ne soit pas d’un accès facile. J’ai été heureusement rassurée dès le premier chapitre : la plume de l’auteur en plus d’être très agréable se lit très facilement. Alors si vous aimez les phrases très courtes, vous ne serez pas forcément séduit mais si vous privilégiez les jolies tournures de phrases alors ce livre devrait vous séduire.

J’ai en outre apprécié que tout soit mis en place pour faire de la lecture de cet ouvrage une expérience plaisante : un tableau fixant le cadre historique initié par le traducteur, de nombreuses notes de bas de page qui apportent un plus indéniable à la compréhension du contexte dans lequel se déroule l’histoire, un découpage intelligent du livre en parties et chapitres plutôt courts…

La seule chose que j’ai un peu regrettée mais qui m’est toute personnelle, c’est un manque de connaissances de la Russie et de la période du roman pour réellement saisir tout ce qu’a voulu transmettre l’auteur. Je me demande d’ailleurs si une meilleure connaissance de la Russie m’aurait permis de comprendre un peu mieux Alexandre et les autres.

A cet égard, j’ai beaucoup aimé les propos, en fin d’ouvrage, d’un personnage allemand tout aussi sceptique que j’ai pu l’être face aux choix d’Alexandre :

« Alexander, dit Volker, d’une voie brisée par l’émotion, il y a une chose que je voulais vous dire depuis longtemps. Je ne vous connais que depuis peu, mais c’est comme si je vous avais toujours connu. Et je ne vous comprends pas du tout. Pourquoi ne pouvez-vous pas utiliser tout le talent qui est en vous ? Pourquoi êtes-vous tellement indifférent à vous-même ? Je ne vous comprend pas, Alexander. »

NOTE : 3,75/5

En résumé, d’une plume agréable parfois incisive, l’auteur offre aux lecteurs une incursion en Russie que ce soit à travers la vie d’Alexandre ou grâce aux nombreuses allusions historiques.

Alexandre ou la vie éclatée est un roman que je conseille aux amoureux de la Russie mais également aux personnes en quête d’un livre dépaysant, autant en raison du lieu de l’action que des personnages. C’est le genre d’ouvrage qui ne devrait laisser personne indifférent.

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2 réflexions sur “Masse critique #3 : Alexandre ou la vie éclatée, Alexis Varlamov

  1. Pingback: Bilan lecture octobre 2016 | Light & Smell

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