Nos jours heureux, Gong Ji-Young

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Je continue ma découverte des auteurs asiatiques avec Nos jours heureux de Gong Ji-Young dont l’éditeur, Les Éditions Philippe Picquier, vous propose un extrait gratuit. 

J’ai en outre lu ce livre dans le cadre de mon challenge Livra’deux pour Pal’Addict.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Yujeong a le coeur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, la prend par la main et l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant… Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se raconter avec sincérité leurs « vraies histoires », affronter les ténèbres et découvrir les lumières éblouissantes au sein de ces ténèbres, réparer leurs âmes meurtries. Ce roman bouleversant nous parle de la force de l amour, de pardon et de rédemption.

  • Broché: 336 pages
  • Editeur : EDITIONS PHILIPPE PICQUIER (21 août 2014)
  • Collection : Corée
  • Prix : 19,50€
  • Autre format : poche, 8,50€

AVIS

Deux personnages différents mais qui se ressemblent…

Le roman alterne entre le passé de Yunsu, le condamné à mort, à travers ses « cahiers » bleus et le présent de Yujeong dans lequel Yunsu va trouver sa place.

Au début du livre, Yujeong apparaît désabusée. On a le sentiment que l’auteure va nous narrer la classique histoire de la pauvre petite fille riche qui, ayant déjà tout eu à sa naissance, se sent perdue dans la vie qu’elle traverse d’ailleurs sans aucun objectif ni sens. Ce n’est qu’une impression car sous les apparences d’une personne cynique voire méchante, on découvre un être blessé par la vie, par sa famille mais surtout par un événement douloureux arrivé durant son adolescence et qui l’a profondément meurtrie.

Quant à Yunsu, grâce à ses cahiers bleus, on découvre son passé, celui d’un enfant devenu adolescent puis adulte mais dont la vie n’a été que drame et douleur. Expression crue de la violence et de la souffrance qui ont jalonné la vie de Yunsu et de son jeune frère, ces cahiers marquent l’esprit du lecteur.

Les deux protagonistes, au parcours si différent, sont ainsi liés par la douleur et cette volonté farouche de mourir ; Yujeong par des pulsions de mort tournées envers elle-même à travers des tentatives de suicide et Yunsu, par la violence dirigée envers les autres.  A cet égard, une phrase du livre résume parfaitement ce lien entre elle et lui :

« Je voulais mourir, eh bien, vous aussi. « 

D’abord par contrainte puis finalement par choix, Yujeong va finir par venir voir régulièrement Yunsu en prison. Au fil de leurs rencontres, des liens vont se tisser, permettant à chacun de se raconter mais surtout de changer, d’évoluer. D’un être en colère prêt à faire du mal aux autres sans aucun remords, Yunsu s’apaise et devient quelqu’un d’autre. Il devient tout simplement humain! Et ce changement de personnalité est éprouvant et difficile à vivre pour le lecteur car on sait dès la première page du livre que Yunsu est condamné à mort.

La peine de mort, le pardon, la rédemption…

A travers l’histoire de Yunsu, l’auteure pousse le lecteur à s’interroger sur ce qui peut pousser un être humain à blesser et à tuer d’autres personnes. Comme pour notre condamné à mort, est-ce qu’une vie marquée par la violence et dans laquelle l’amour est absent peuvent expliquer qu’un individu devienne mauvais? De quelle manière notre histoire influe-t-elle sur notre présent?

« Derrière celui qui a commis un crime inimaginable se trouvent toujours des adultes qui ont exercé sur lui une violence inimaginable depuis son enfance. C’est comme si on avait signé un pacte, c’est partout pareil. La violence appelle une autre violence et cette violence appelle encore une autre violence. »

« Ceci dit, docteur Choe, intervint ma tante qui l’écoutait attentivement, il y a aussi des enfants qui grandissent dans des quartiers difficiles et qui passent leur enfance sous les coups mais qui deviennent des gens remarquables. Tous ces enfants ne deviennent pas pulsionnels ni criminels, n’est-ce pas ?
_Effectivement. C’est comme un virus. Quand il y a une épidémie, certains attrapent la maladie d’autres s’en sortent indemnes. L’homme ne peut se réduire à un seul facteur. »

L’auteure évoque également la question de la rédemption et du pardon à travers les deux protagonistes principaux. Pour Yunsu, il s’agit de recevoir le pardon alors que pour Yunseong, il s’agit de le donner…

Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est la manière dont l’auteure a su dénoncer la peine de mort, toujours en usage dans son pays la Corée du Sud, à travers l’histoire de Yunsu qui finit presque par la personnifier. Cela permet de dépasser le simple débat sur l’abolition ou non de la peine de mort pour l’ancrer dans la réalité, celle d’un être humain capable d’émotions mais surtout de changer.

Enfin, Nos jours heureux, au regard l’actualité, m’a semblé avoir un écho particulier. En effet, même si la peine de mort a été abolie en France, cela ne signifie pas que certains individus, lors d’événements traumatisants et d’une extrême violence comme le furent par exemple les attentats qui ont frappé notre territoire, ne finissent pas par tomber eux-mêmes dans la violence en souhaitant un retour à cette pratique. Il y une citation du livre concernant l’éventuel abandon de la peine de mort en Corée qui m’a marquée car c’est une phrase que l’on peut encore entendre en France en 2016 :

« Et puis, c’est un argument un peu extrême, mais ça revient à dire que les familles des victimes vont devoir payer davantage d’impôts pour garder leur bourreau en vie pour le reste de ses jours? »

MA NOTE : 4,75/5

L’AUTEURE (propos recueillis sur le site de l’éditeur)

Née en 1963 à Séoul, Gong Ji-young est une romancière très populaire en Corée et infiniment respectée pour la lutte qu’elle a menée, dès les années de dictature, pour défendre la démocratie et les droits des exclus de la société. Écrivain profondément engagé, ses romans traitent de la condition des femmes et des travailleurs, des maltraitances dont sont victimes les handicapés, de la répression sexuelle… En 1991, elle est l’objet d’une surveillance par le parti conservateur qui commande une enquête sur ses activités politiques. Elle se moquera plus tard de ces investigations sur son compte Twitter en postant « Merci au Grand National Party pour m’avoir rendu populaire internationalement. »

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ADAPTATION

Une adaptation cinématographique du livre existe même si d’après la bande-annonce, elle semble prendre quelques libertés avec le livre.

En résumé, Nos jours heureux est une lecture éprouvante dont le lecteur ne ressortira pas sans se poser des questions sur des thèmes durs comme la rédemption, le pardon, la peine de mort… A travers les histoires de Yunsu et de Yujeong, l’auteure prouve que les êtres humains peuvent changer et que rien n’est immuable à part … la mort.

A l’instar du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo en France, Gong Ji-Young propose ici un vibrant plaidoyer contre la peine de mort qui n’est au final que l’expression de la vengeance et dont le seul raffinement a été de substituer le terme d’exécution à celui de meurtre.

« Depuis l’aube de l’humanité , la violence n’a jamais réussi à éteindre la violence, jamais.. »

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14 réflexions sur “Nos jours heureux, Gong Ji-Young

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  2. le roman a beau brasser des thèmes intéressant et présenter une belle relation entre les personnages principaux, je n’ai pas accroché avec l’écriture (du coup je ne sais pas si ça vient vraiment de l’écriture de l’auteur ou de la traduction…).

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